Évaluation : les profs seuls juges?

La composition du jury de la conférence nationale sur l’évaluation a été rendu publique le 13 octobre dernier, à partir des multiples candidatures déposées sur le site de la conférence.

Parmi les 30 jurés, on compte 4 enseignants du 1er degré dont un directeur d’école; 4 enseignants du second degré; 2 chefs d’établissement (collège + lycée); 2 inspecteurs premier degré, 2 inspecteurs second degré; 1 responsable de service régional d’orientation; 9 parents d’élèves, 2 étudiants et 1 lycéen; 3 représentants d’associations. Parité exacte femme/homme.

Pourquoi parler de ce jury? Parce qu’un enseignant blogueur a publié, sur son blog hébergé par le magazine Marianne,  un article très critique sur la composition de ce jury, utilisant celle-ci pour mettre en doute le bien fondé de cette conférence sur l’évaluation. L’argumentaire de l’auteur est semble-t-il qu’il y a trop peu d’enseignants : “moins d’un quart sont des enseignants” et  surtout que “les enseignants véritablement concernés par une éventuelle réforme de l’évaluation, dans le secondaire donc […] ne représentant que 13% du jury”. Pire :  “plus d’un quart [des membres] sont des personnels de direction et des cadres de l’Éducation nationale“. Mais la cerise sur le gâteau (ou plutôt la pilule amère pour le détracteur), c’est que “la moitié n’ont ni expérience de la pratique de l’évaluation ni même expérience professionnelle de l’école : associations, étudiants, lycéens et parents d’élèves. Ces derniers constituent d’ailleurs la part la plus importante du jury (30%)“. Passons sur les caractéristiques suspectes des 4 enseignants du secondaire sélectionnés : certains plaisent au Café pédagogique, une autre est webmestre académique et formatrice TICE, un autre est un prof  adepte des classes sans note et une autre  “promeut publiquement ‘évaluation positive, classe inversée, tâches complexes, pédagogie, numérique’ “.

Mon propos n’est pas de défendre l’idée de cette conférence (rappelons néanmoins que chacun, compétent ou incompétent, peut contribuer via le site de la conférence.
On peut des objectifs de cette conférence, de la portée des recommandations qui en sortiront, du poids des différents acteurs éducatifs (des parents aux cadres de l’éducation en passant par les enseignants et les éducateurs de tous bords) dans le processus évaluatif des élèves, mais de la réalité de ces différents acteurs dans l’éducation en général, que nenni.

Les parents sont responsables (si, si) des mauvais résultats de leurs enfants mais on refuse toute ingérence de leur part? Les associations et partenaires de l’école prennent en charge les élèves en difficulté dont on ne veut plus au collège, mais on refuse qu’ils expriment leur opinion sur ces difficultés d’apprentissages? Les chefs d’établissements et cadres de l’éducation qui inspectent et dirigent,  et qui porteraient ainsi atteinte à la liberté pédagogique, ne pourraient  assurer leur rôle de conseillers, gestionnaires et responsable d’équipe?
Faut-il rejeter toute proposition venant du haut parce qu’elle est sans doute biaisée? Faut-il considérer que l’école est un sanctuaire  dans lequel l’enseignant serait seul maître à bord, n’ayant pas à rendre de compte, ni aux parents qui lui confient leur  enfant, ni à son employeur et aux cadres intermédiaires?

Tous les membres du jury viennent de se  prendre un zéro pointé à leur  évaluation diagnostique. Pourront-ils améliorer leur acquis en matière d’évaluation, lors de l’évaluation sommative de décembre? Pas sûr car la plupart ont été mal orientés et ne seront pas autorisés à poursuivre (et maintenant qu’on ne peut plus redoubler…). Ils sont nuls en matière d’évaluation, point barre. Et tant pis si ce jugement n’est pas bienveillant (parce que ce même enseignant n’aime pas non plus la bienveillance).

 

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