Pourquoi tant de haine?

Pour ne pas faire comme tant d’autres, à savoir reprendre une information sans l’avoir vérifié ou croisé (à moins, avouons le piteusement, que cette information aille dans le sens de nos convictions), je suis allée en librairie voir à quoi ressemblait l’ouvrage de Carole Barjon.

Et là, un élément sur lequel personne n’a insisté à propos de cet ouvrage m’a sauté aux yeux (je suis naïve) : Carole Barjon est une journaliste certes (ça tout le monde le sait) mais elle n’est pas du tout une journaliste d’investigation.

Je n’ai fait que parcourir le livre mais il ne me semble pas que Carole Barjon ait vraiment lu avec attention un livre ou un article de Meirieu, de Dubet, encore moins l’enquête Lire-écrire, travail de plus de 60 chercheurs, autour de Goigoux. Elle rapporte assez souvent les propos tenus par X, selon Y.

Les personnes exposées à sa vindicte, puis par ricochet (corporatiste?)  à celle de ceux qui ont rendu compte de cet ouvrage avec enthousiasme, ne le sont que par le hasard des interviews que Carole Barjon a pu faire ces dernières années. Chaque chapitre reprend le rendez-vous qu’elle a eu dans tel bar avec untel, dans tel couloir avec telle autre…

Fait plus troublant dans l’histoire, mais que l’on ressent à sa manière de parler de tel personne qui lui semble visiblement plus sympathique que telle autre, c’est le commentaire fait par François Dubet (l’un des 8 principaux assassins de l’école), sur ToutEduc : « C’est désagréable pour moi. Une discussion amicale qui se traduit dans un premier temps par des éléments ridiculement flatteurs, ensuite : elle me désigne comme un “idéologue puissant” […] ».

Ce qui dérange également, c’est cette valse hésitation entre des propos très proches des anti-pédagogistes  et une ligne de défense (non elle n’est pas réactionnaire) consistant à étayer ses propos avec ceux qui sont forcément à charge par rapport à ses cibles. C’est plus commode.

Exemple : puisque l’enseignement du français est le fil conducteur de l’ouvrage, Carole Barjon s’est appuyé sur le collectif (Sauvons) Sauvez les lettres qu’elle considère comme étant plus proche de la gauche que de la droite (mais j’ai peut-être lu trop vite, ne riez pas).

D’autre part, pourquoi Carole Barjon attaque-t-elle autant la politique éducative de Lionel Jospin ?

Le système éducatif français dysfonctionne, c’est évident, mais les lectures restrictives des rapports faisant état de ce dysfonctionnement, les interprétations fallacieuses qui en sont faites témoignent soit d’un parti-pris politique (mais ça, ça fait partie du jeu), soit d’une méconnaissance de la réalité du terrain, d’une ignorance ou du rejet d’autres données qui peuvent corroborer les mauvais constats mais qui peuvent aussi donner quelques pistes d’amélioration. La société évolue, les élèves sont différents de ceux d’il y a trente ans, on ne peut donc calquer les bonnes pratiques du temps jadis sur celles d’aujourd’hui, être d’un conservatisme crasse. Et finalement on va assumer ses préférences, reprenons encore une fois Dubet, toujours sur ToutEduc et à propos des multiples commentaires actuels sur l’état de l’École française : « C’est un mauvais signe quand on n’a comme perspective qu’un retour à une fable ».

Les bonnes intentions ne tiennent pas la route face aux réalités du terrain. Clouer au pilori l’éducation prioritaire (à partir d’une lecture orientée du rapport du CNESCO) sans imaginer ce qu’aurait été l’éducation sans dispositif pour aider les élèves défavorisés (socialement et scolairement), c’est peu responsable et surtout méprisant envers ceux qui ont fait ce qu’il ont pu, avec les moyens du bord, pour réduire les inégalités, même un peu, ici ou là…

Mesdames et messieurs les journaliste et chroniqueurs, quelles sont les motivations de votre déclinisme exacerbé vis-à-vis de l’École ?

  • Petit exercice à faire à la maison (les devoirs, c’est bien, non ?) pour étayer les propos de Carole Barjon (ou pas) :
    Que pensez vous des chiffres suivants issus du rapport « Regards sur l’éducation 2016 » : – en France, au primaire, 37 % du temps est consacré à la lecture, à l’expression écrite et à la littérature (moyenne de l’OCDE : 22%), au secondaire, 15% y sont consacrés en France contre 14% en moyenne pour l’OCDE ou l’Union européenne.
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