Mon lieu de travail expliqué à ma fille.
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Sommaire :
MOTIVATIONS
Au moment d'écrire ces quelques lignes (août 1999) je suis en poste
à Jussieu. Je n'en tire aucune fierté.
Au contraire, j'en aurais plutot honte.
Comme un malheur ne vient jamais seul, et qu'il faut bien manger,
"je suis dans l'informatique".
Mais voyons le coté positif des choses : mon statut m'évite de trop mentir
à ma mère. Je peux simplement lui déclarer que je suis
pianiste dans un bordel. Ce qui n'est pas tout à fait faux
puisque je passe mon temps à tapoter
sur un clavier d'ordinateur sur le site de Jussieu...
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles,
me direz vous. Qu'elle est alors la motivation pour l'écriture de cette
page oueb, dégoulinante d'amertume et de rancoeur, si ce
n'est le plaisir bien franchouillard de râler ?
Cette motivation est très simple : un jour mon laboratoire déménagera.
Si, si ! Le risque légal poussera les soit-disants responsables à
désamianter le site Jussieu. Et le jour de ce déménagement je suis certain
qu'il ne manquera sûrement pas d'amnésiques ou de nostalgiques
pour déclarer la bouche en coeur :
"On était quand même mieux à Jussieu !"
Pour essayer de les détromper, il suffira alors de leur donner
l'
adresse réticulaire de cette page...
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LEVIATHAN
Rotonde 65, niveau Jussieu.
Il est des tagueurs biens subversifs ! Mais où vont-ils chercher tout
cela ? Pourquoi donc le site de Jussieu est-il de nature à induire
ce genre d'attitude contestataire ? Existe t'il un responsable
pour le fantastique bordel qui règne à Jussieu ?
Le premier responsable est clairement désigné par un des
personnages de Woody Alen qui déclare : "God is an underachiever".
Mais quand on travaille à Jussieu il faut bien constater que le second
rôle revient sans conteste à ce Leviathan qu'est mon employeur
i.e. l'Etat Français.
A Jussieu, il a en effet commis, ou laissé commettre, un nombre de bévues
qui dépasse largement le quota admissible. C'est à croire que
le site de Jussieu a servi de laboratoire expérimental pour former
les cadres dirigeants de nos chères tutelles. Jugez plutôt :
EN CHANTIER EN CHANTIER...
- Deux universités en concurence sur un même site.
- Une sur-occupation des locaux, faisant passer le
taulard moyen pour un privilégié : l'université initialement
conçue pour 20000 étudiants doit maintenant en recevoir
plus de 50000 (cf la très officielle page sur
l'historique du site Jussieu),
- L'amiante !
- Risque au feu !
- Un site ouvert sur la ville et conçu pour
empêcher les étudiants de sortir mais pas les SDF de rentrer.
L'essentiel Manifs détruisants les labos. Tags.
- Absence des plans. La construction de Jussieu fut
interrompue en 1972, faute de crédits. Certains anciens évoquent
aussi des histoires de dépassement de COS. Une chose est sûre :
Jussieu n'a jamais été officielement terminé et donc les plans
et autres schémas de cablage sont aujourd'hui dans les mains des
héritiers de l'architecte.
- Couloirs fermés.
- Un réseau électrique hors normes. Dans certaines
barres le neutre est à 40 Volts. Les clims et chauffages font
tout sauter.
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Une architecture "novatrice"...
Sur le plan de l'urbanisme Jussieu est une merveille de contexturalisme.
Son intégration à l'existant est un chef d'oeuvre et ces modestes
clichés numériques ne lui rendent pas honneur. La trouvaille consistant
à border le site Jussieu de douves médiévales transposées dans
ce matériau original qu'est le béton basse resistance relève d'une
audace architecturale heureusement inégalée depuis.
Par delà la démarche visuelle, les douves permettent accessoirement
de contenir ces bêtes dangeureuses que sont les étudiants,
ainsi que leurs gardiens les enseignants-chercheurs, les jours
de grandes manifs. Par contre,
n'importe qui peut aisément pénétrer le site pour aller piller
un laboratoire, et faire que la faculté diffuse son savoir et ses biens.
Les douves (photo ci-dessous) agissent ainsi comme une membrane semi-perméable
protectrice, un cordon sanitaire, source d'équilibre de vie pour
le personnel y travaillant.
Par égard pour ses descendants, nous tairons tout de même
le nom du prétendu architecte qui a "commis" Jussieu.
Modernisme recyclant le médiéval : douves in Jussieu.
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...mais une architecture inachevée.
Comme le montre le plan suivant (pompé
ici),
la grille cartésienne de Jussieu ne fut jamais achevée. Les anciens
se perdent en conjecture sur les causes de l'arret brutal du chantier :
défaut de provisionnement budgétaire, dépassement du COS, blocage
politique...
Les responsables sont en barre 53-63...
Malgré un chantier jamais fini, Jussieu a tout de même ouvert
ses portes et accueuilli des étudiants.
Les structures hébergées dans les batiments
se terminant sur le vide ont alors trouvé diverses solutions
pour se mettre hors d'eau. Parfois les règles de sécurité
élémentaire ont imposé des escaliers de secours (photo de
gauche, ci-dessous). Parfois, chacun des propriétaires
a improvisé sur sa ligne budgétaire pour monter des murs
et y ajouter ses fenêtres (cliché de droite, ci-dessous).
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Provisoire à caractère définif.
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Chaque étage a sa solution : quel éloge de la diversité !
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Il faut s'efforcer de ne pas percevoir ces batiments comme des vérues
sur la face d'une architecture psycho-rigide digne de la grande époque
stalinienne.
Il faut plutot l'envisager comme une
grande leçon de modestie pour les planificateurs et
autres bureaucrates de tout poil. Corollaire :
"Pourquoi vouloir planifier un bordel centralisé alors qu'à Jussieu
il se débrouille très bien tout seul ?"
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Une réalisation consternante.
Les choix d'urbanisme et architecturaux de Jussieu étaient
pour le moins disctutables. Mais la réalisation l'est encore
plus. Considérons quelque chose d'aussi simple que les
fenêtres (voir photo ci-dessous).
Il fait chaud ! Passe moi le cric que j'ouvre la fenêtre.
Ces fenêtres disposent d'un double vitrage. Mais les joints
latéraux ont disparu. Sans doute partis en fumée.
Une chose est sûre : inutile d'ouvrir la fenêtre
pour jeter son mégot.
On aura compris que les bureaux restent donc en prise direct sur le
monde extérieur et son cortège de petit tracas :
-
l'eau: toute fenêtre fermée, il n'est pas rare que
l'eau s'infiltre entre la fenêtre et le faux plafond et
vienne inonder vos petites affaires.
-
le froid : quand la bise arrive, et si vous ne supportez pas
les mitaines, alors il vous faudra maquiller un bon de commande
pour acheter un radiateur électrique.
-
la chaleur : l'été et si vous n'aimez pas le sauna, alors
il vous faudra aussi un ventillateur. Les plus privilégiés se sont
meme fait installer des climatiseurs dans leurs bureaux...
Mais il faut que j'arrete de râler. Car j'ai de la chance.
Mon bureau donne place Jussieu. Cela m'évite
d'avoir comme vis-à-vis une autre de ces horribles barres de
Jussieu. Cela comporte bien un petit inconvénient : le bruit.
Chuuuuut ! Y'a des fonctionnaires qui cherchent à dormir.
Il est difficile de restituer par écrit une ambiance sonore,
mais fermez les yeux et imaginez que vous cherchez à lire
un article de recherche avec le fond sonore suivant :
- la circulation usuelle d'une grande ville que chacun connait,
- un bruit blanc, assez fort. Il provient de la
fontaine de la place Jussieu.
- les cris de ralliement d'une manifs, traditionnelement
place Jussieu, avec les crachouillis caractéristiques du mégaphone,
- les tambours (voir photo ci-dessus) qui me rappelent ma
banlieue natale.
Parfois l'ambiance sonnore est tellement forte que j'en songe
à changer mon walkman pour un plus puissant afin de
pouvoir me défonçer tranquillement les tympans
à la techno.
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Quand l'
amiante
rajoute une couche de crème.
AMIANTE = CANCER ( premier étage de la barre 34-44)
Comme l'affiche (photo ci-dessus) ce collectif d'"emmerdeurs",
sans doute concernés par leur santé, la première équation est bien sur
l'amiante est dangeureuse. Ce genre d'affichage aux fenêtres
est légion.
Il faut dire que la lenteur de l'Etat (l'autocensure me permet
ici de pratiquer l'euphémisme en repoussant les limites de
l'understatement) à régler le problème de l'amiante en agace
plus d'un.
Pourtant les plus hautes instances de notre principauté ont entendu
parler du problème et le président de la république française,
Chirac himself, avait déclaré durant l'été 1997 :
"A la rentrée prochaine Jussieu sera fermé". Je pouffe à peine.
Mais c'eut été sans compter sur le génie politique de nos
chers présidents d'universités qui ont su recycler une catastrophe
sanitaire en argument politique pour la création d'une nouvelle
et mythique université (dite de "Tolbiac"). Pour plus de détails
je renvoie ici à la très complète page oueb du
Comité Anti Amiante de Jussieu
Concrètement l'amiante plane toujours au dessus de nos têtes et
dans nos poumons.
Sous la pression, des précautions sanitaires d'urgences (j'en ris
encore) ont tout de même été prises.
Même si cela complique le quotidien sur le campus, et au risque
de passer pour un "emmerdeur", je préfère essayer d'éviter le mésothéliome.
Concrètement, les travaux d'urgence ont consisté en l'application
sur les faux plafond d'un film plastique autocollant, ainsi que
l'installation de bavettes (des caches) devant les fenêtres
pour éviter que le vent en facade ne brasse les particules d'amiante.
Cela à induit plusieurs joyeusetés :
- les réseaux et certains de leur éléments actifs (tranceivers et
parfois des hubs) sont emprisonnés dans le faux plafond.
En cas de panne, ils sont inaccessibles. On sort alors le pistocolle,
on tire de nouveaux cables dans les couloirs, et on va se ponter
quelque part...
- les fameuses bavettes sont tellement imperméables au vent...
que lors des gros orages elles laissent passer la pluie. L'eau
s'écoule alors au dessus du film plastique qui emprisonne le faux
plafond. Après accumulation sous forme de poches, l'eau finit
toujours par trouver un point de sortie, si possible en plein
milieu de la pièce, et le plafond se met alors à pleuvoir.
Statistiquement cela finit par faire des dégats.
Cela nous a déjà coûté deux écrans, un hub, et plusieurs pétages de
plombs (l'eau étant tombée sur des triplettes).
Enfin, l'amiante fait parfois des heureux. Les fumeurs peuvent
en effet pétuner sans vergogne ni culpabilité : pourquoi se priver
de son cancer du poumon quand le mésothéliome vous guette...
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La multiplication des structures.
Les universités, qui dépendent du
MERT
(Ministère de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie)
ont vocation à l'enseignement et à la recherche.
Pour la partie recherche les universités peuvent créer des
partenariats avec d'autres organismes comme par exemple le
CNRS, qui dépend aussi du MERT.
Un enseignant/chercheur est donc par nature schizophrène, non
pas dans le sens médical du terme, mais dans le sens commun :
il possède plusieurs personnalités, ou casquettes, refletant
chacune une facette de ses différentes fonctions.
Le nom choisi pour son statut est révélateur de cette ambivalence.
Mais Jussieu se devait de compliquer un peu tout cela.
Pour d'obscures raisons de technique budgétaire, il fut décidé de créer
sur un même site, et dans des bâtiments indistinguables
pour le profane, deux universités de sciences :
Paris VI
et
Paris VII.
Les anciens vous raconteront avec moults trémolos dans la voix que
lors de ce grand schisme originel, les vieux cons conservateurs
(appelation non con-trolée des gauchistes) se sont bunkérisés
à Paris VI, alors que les jeunes cons gauchistes
(appelation non con-trolée des con-servateurs)
se sont murés dans Paris VII. En trente ans, les populations
se sont renouvelées et la situation s'est inévitablement inversée,
ce que Brassens aurait pu prédire puisque :
"Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con on est con".
Mais le mal était fait. La techno-structure appuyée par les politiques
avaient ainsi créé une ligne de démarcation administrative purement
abstraite. Nos chers universitaires, bien que doués de
certaines facultés symboliques (en tout cas, peu après leur recrutement),
n'échappent pas toujours à l'esprit de faction et
cette ligne imaginaire allait permettre d'exprimer une peur
et une haine universellement connues : celle de l'autre.
Certains individus particuliérement inaptes à la vie collective
ont même ressenti le besoin de créér d'autres frontières,
d'autres limites territoriales.
Ainsi les mathématiciens de Paris VI se sont
sub-divisés en deux UFR, ce qui donne à l'étudiant en math
de Jussieu cherchant où se trouve sa salle d'enseignement
le choix entre trois secrétariats d'UFR :
UFR 11,
UFR 920,
et l'
UFR 921.
De toutes façons, et en supposant qu'il ne se perde pas en route,
l'étudiant en question trouvera surement porte close...
Laissons de coté les étudiants, dont le snobisme ambiant veut que
l'on se foute allègrement, et qui ne font que passer dans ce monde
à part qu'est Jussieu.
Revenons à notre schizophrène de service i.e. un futur
enseignant/chercheur, par exemple en mathématiques, qui
à la joie et le bonheur d'être recruté à Jussieu :
- en tant qu'enseignant il aterrira dans une des deux universités
et au sein de l'une des trois UFR,
- en tant que chercheur il aura le choix entre plusieurs laboratoires.
L'esprit de chapelle vient parfois limiter quelque peu l'explosion
combinatoire des possibilités. Heureusement rien n'empêche
le schizo moyen, pardon l'enseignant/chercheur, de conduire ses
travaux de recherche dans un laboratoire qui ne fait pas partie
de l'université qui l'a recruté.
Ça tombe bien ! Jussieu dispose justement de deux
structures universitaires.
En resumé, l'enseignant/chercheur en mathématiques à Jussieu,
a tout de même un choix fantastique de personalités possibles.
Il pourra ainsi développer à loisirs sa schizophrénie et une
fois en poste il pourra même se payer le luxe de changer
de statut aussi régulièrement que le permettent les
règlements internes. La seule obligation qui s'impose à lui
sera de ne surtout jamais n'oublier de dénigrer toute personne
n'appartenant pas à sa faction du moment : cela ne simplifiera pas
le parcours d'obstacle de l'étudiants moyen, mais cela lui
procurera un sentiment identitaire à travers une appartenance tribale et
pendant ce temps il n'aura pas à faire avancer sa recherche.
Cette personne change d'université !
Vous comprenez sans doute mieux pourquoi la personne de la photo
ci-dessus est dans un état instable. Non pas au sens physique
du terme, la marche étant une succession de ruptures d'équilibre.
Mais au sens psychologique du terme : le simple franchissement de
cette porte lui fait changer d'université, donc
d'UFR, probablement de laboratoire et éventuellement l'oblige à substituer
à son statut d'enseignant celui de chercheur ou inversement.
Les individus ayant des prédispositions naturelles à la schizophrénie
gèrent sans trop de difficulté cet exercice permanent. Mais pour
une proportion non négligeable d'entre eux, ce genre de stress
peut les plonger dans la confusion mentale la plus complète.
Ne rigolez pas, la liste est longue...
Voici un autre exemple de difficulté quotidienne que devra gérer
notre schizo.
QUIZ : à qui faut-il demander de commander de l'encre pour l'imprimante
du couloir ?
Les plus perspicaces d'entre vous auront compris
que la question est mal formulée... Effectivement, encore faut-il
savoir si il s'agit d'imprimer un travail d'enseignement ou un
travail de recherche !
Enfin, considérons une réunion de travail regroupant
quelques schizos. La probabilité pour que deux d'entre eux
soient de la même faction est assez faible. Même
dans ce cas, au bout de 20 ans à Jussieu, et de multiples
querelles individuelles liés à leur multiples personnalités
endossées au cours des ages, la probabilité pour que deux d'entre eux
s'accordent est quasiment nulle.
Sauf quand on parle d'Allègre bien sur...
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Les étudiants, ces bêtes dangeureuses.
La cafétéria du restaurant universitaire de Jussieu possède
une vaste terrasse. Les beaux jours, il est plaisant d'y
satisfaire sa dépendance à la caféïne et/ou à la
nicotine. A condition de faire abstraction du bruit et de
la pollution de la quatre voies passant en contrebas sur
les quais, ce lieux est un havre de paix dans l'univers
de béton de Jussieu. Il est même possible d'y jouir
d'une vue légèrement plongeante sur le parc zoologique du
jardin des plantes et de sa ménagerie (voir photo ci-dessous).
La ménagerie du zoo, vue depuis la cafétéria
Mais, les fauves les plus dangeureux ne sont pas dans
la ménagerie. Ils rodent bien plus près de vous. Ils circulent
en quasi-liberté sur le campus. Leur nombre augmente rapidement
(pensez donc, 80% d'une classe d'age). Ils sont bruyants et
leur QI ne dépasse pas leur température anale.
Pourtant vous-même, dans une vie antérieure refoulée sur
un plan inconscient, vous avez fait partie de ces fauves :
désolé de vous le rappeler, mais vous fûtes étudiant.
Au delà des grilles, ces fauves d'étudiants.
La photo ci-dessus à été prise à la cafétéria, sans doute un
jour de manif anti-Allègre.
Au premier plan, la partie de la terrasse reservée aux
enseignants/chercheurs/administratifs. Au second plan,
là où il n'y a ni chaise ni table, se trouve la partie de la
terrasse reservée aux étudiants, ces fauves.
Pour séparer ses deux zones, une grille cadenassée à la
hauteur du danger potentiel.
Ce que les plus élitistes des facultés de la ivy-league des
Etats-Unis n'ont pas osé faire, la ségrégation estudiantine, Jussieu
l'a réalisé pour vous. On à peine à croire qu'une part
importante des enseignants/chercheurs de Jussieu cassaient du
CRS lors de mai 1968 en hurlant après l'abolition des classes.
C'est sans doute l'effet secondaire d'abrasion sur la mémoire
que provoque la consommation massive de LSD...
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Tags, tags, tags !
Je dois confesser qu'avant de travailler à Jussieu mon esprit
petit bourgeois constipé me faisait reléguer le graffiti au
rang de mode mineur et particulièrement insipide de marquage
tribal du territoire. Je lui préférais le traditionnel et
néanmoins très efficace marquage chimique que pratique ce
multi-récidiviste qu'est le chien de mon voisin.
Il m'a suffit de quelques années de
circulation quotidienne à Jussieu pour changer radicalement
d'avis. Par exemple, comment ne pas tomber d'admiration béate
devant le chef d'oeuvre d'art conceptuel teinté de critique
sociale anti-mondialiste qui se dissimule subtilement derrière
la très prosaïque proposition du graffito suivant ?
Le graffiti art conceptuel (rotonde 46, niveau Jussieu)
Notons ici le très habile trouble conceptuel de la description de la
prestation, qui dénonce quasi-explicitement la confusion mentale
induite par la multiplicité de l'offre inhérente au consummérisme
dit moderne : s'agit-il d'une pipe façon "Bill Clinton"
[NDE : Bill Clinton fume ses pétards sans avaler la fumée]
ou du plus élaboré "Full Monica" [NDE : pipe ET cigare,
introduit par Monica Lewinsky circa 1996 :-] ?
Au dela du choc esthétique notons aussi que, contrairement
aux avis des grands argentiers des banques centrales Européennes,
l'introduction de l'Euro induit une inflation notable (selon mes indicateurs
la pipe était traditionellement à 100FF, comme la bouteille
de Vodka fut longtemps à 3 roubles avant la dérégulation de la
perestroïka Gorbatchevienne). Et dire que j'ai failli rater
tout cela. Merci Jussieu !
Bref, voici d'autres exemples d'art rupestre post-industriel
(des tags, quoua) de Jussieu :
Bronx ? Manille ? Que nenni : accès aux salles barre 55-65, niveau -1
Les tags suivants (premier sous-sol autour de la rotonde 56) sont
de nature graphique plus authentique. Ils forment une oeuvre collective
des dealers qui travaillaient dans les sous-sols de la faculté (on
ne dira pas laquelle :-), qui offre un cadre légal propice à ce genre
d'activité. En effet, par tradition,
la police ne penètre sur le territoire d'une Université que sur
"invitation" de son président. Et quoi de plus fun que de triper
à donf durant un cours, pendant que le guignol de service s'échine
à vous transmettre un bagage théorique inutilisable. Fumez jeunesse...
Ascenseurs, rotonde 56, permier sous-sol
Les salles du premier sous-sol, barre 56-66.
Terminons par des graffiti inspirés par le fascisme et surtout
par l'abus de bière de mauvaise qualité, et gratieusement légués
au patrimoine universitaire par le collectif artistique des
skinheads de la place Jussieu, qui trouve parfois refuge dans
les facs les jours de pluie. Mais qui disait donc : "si vous pensez
que l'éducation coûte cher, essayez sans" ?
[NDE : on m'apprend que "oï" est une écriture phonétique du
salut hitlerien.]
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Rotonde 46, niveau Jussieu.
Plénitude visuelle.
Mais ne nous limitons pas aux arts graphiques. Jussieu offre de
multiples joyaux visuels, parfois culturellement ardus et
dérangeants, surtout avant d'aller au restaurant universitaire.
Quoi un nouveau level de doom ? Zorg, où est mon pisto-laser ?
Devant la luxuriance visuelle de Jussieu, la spontanéïté
plastique des enseignants-chercheurs se déchaine
parfois. Ils extériorisent alors leurs pulsions créatrices
dans leurs couloirs, anti-chambres et même,
pour les plus introvertis d'entre-eux, dans leurs bureaux :
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Sublimissime collage tri-dim.
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Texturage industriel contextuel.
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Etre SDF à Jussieu.
Imaginez un instant, qu'à cause d'un professeur irresponsable
ou uniquement préoccupé d'encaisser des primes d'encadrement,
vous ayez suivi une formation universitaire ultra-spécialisée
de type BAC + 9. Sans le savoir, vous vous êtes naturellement
prédestiné au chomage.
Autre scenario : vous etes un immigré clandestin en provenace d'un
des ex-pays du bloc de l'Est.
Bref vous êtes SDF, ce qui ne vous empeche pas d'aimer la ville
des lumières. Mais vous devrez y faire face au difficile problème
du logement. L'office public des HLM de la mairie de Paris,
situé en face de Jussieu à l'angle de la rue de Jussieu et de
la rue du Cardinal Lemoine, est malheureusement temporairement
dépassé par de très techniques tracas juridiques.
Il ne peut donc répondre à vos ridicules besoins.
Jussieu vous offre alors une solution gratuite et élégante,
en vous proposant d'habiter le monte-charge de la rotonde 56
(cf ci-dessous) ou vous pourrez ranger les rebuts que la
société de consommation à bien voulu vous laisser (mes
excuses aux Yougos qui squattaient lors de la photo, pour
le viol de l'intimité de leur domicile).
Squat du monte-charge de la rotonde 56
Bien sur, il vous faudra trouver un moyen de bloquer
l'accès du monte-charge aux usagers officiels et
les livreurs raleront quelque peu de devoir
emprunter les escaliers.
Mais, à condition de monter votre nouveau domicile aux
cinquième étage (appuyer sur le bouton 5), vous bénéficierez
alors d'un pied à terre, plein sud, avec vue imprenable sur le Panthéon.
Depuis votre squat, vue sur le Panthéon.
Certes, bien que tout le confort soit sur le palier, il arrive
parfois que certains esprits mesquins compliquent
l'accès aux ouaters (photo ci-dessous) et ce sous des pretextes
falacieux du genre :
les SDF utilisent tout le papier toilette, oublient de relever
la lunette, vomissent partout (essayez donc d'absorber deux
litres de cercle-rouge et de viser juste) ou lavent leur linge
dans les lavabos... Pfff, quel mépris !
C'est dur de rester propre...
Mais si vous etes squateur à Jussieu, et que vous êtes victime
de ce genre de mesquinerie, vous pourrez raconter à vos
compagnons d'infortune que pour l'instant vous logez à l'Université mais
que votre prochain squat sera quai Conti !
En effet, vous remplissez déjà deux critères : vous avez un
pied-à-terre à la fac et vous faites pipi sous vous...
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