PISA : une évaluation qui concerne à la fois les chercheurs et les politiques

Dans une contribution à la revue de l’AFAE, Administration & Education, j’ai écrit un court article de présentation de PISA. En conclusion, je pose la question de savoir si PISA peut être regardée comme un instrument de Soft Power international :

La médiatisation du programme de l’OCDE dans de nombreux pays et les réformes provoquées ou légitimées par PISA ont conduit des observateurs à souligner la double nature des enquêtes PISA : d’un côté une production de connaissances utile pour penser l’éducation, de l’autre une entreprise normative, pas toujours explicite, aboutissant à mettre en valeur des « bonnes pratiques » dans une sorte de benchmarking éducatif entre États. Les organisations internationales comme l’OCDE mais aussi la Commission européenne ont un rôle croissant dans l’éducation depuis la fin des années 90. En faisant circuler des critères définissant par touches successives ce que pourrait être la qualité de l’éducation, en signalant des formes d’organisation scolaire plus efficaces que d’autres, en promouvant des contenus éducatifs jugés pertinents pour le 21esiècle, ces organisations façonneraient les représentations des décideurs publics dans le domaine de l’éducation. Elles orienteraient donc les réformes et les politiques de façon « douce » mais plus efficace que par la voie d’un pouvoir réglementaire ordinaire (Lawn and Grek, 2012 ; Barroso et Carvalho, 2008). Pourtant, on peut aussi constater que les mesures concrètes mise en place dans les différents pays au nom de PISA répondent tout autant, voire en priorité, à des préoccupations locales, plutôt que d’obéir à des normes supranationales.

De ce point de vue, en reprenant l’analyse de Hélène Buisson-Fenet (2014) concernant le cadre européen des langues, on peut avancer que « le processus en cours s’avère donc plus complexe qu’un simple transfert de bonne pratique : plutôt que l’adoption contrainte d’une norme supranationale, on assiste à une série de “traductions” de certaines composantes, dans une dynamique relevant davantage de l’innovation tâtonnante que d’une logique d’application directe. »

Rey Olivier, « PISA : une évaluation qui concerne à la fois les chercheurs et les politiques », Administration & Éducation, 2015/1 (N° 145), p. 11-15. URL : http://www.cairn.info/revue-administration-et-education-2015-1-page-11.htm

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