Quelle socialisation dans les résidences étudiantes ?

La revue “Universités et Territoires” a adopté une nouvelle formule en cette rentrée 2012, dans laquelle le service que j’anime au sein de l’IFE s’efforcera de proposer une rubrique régulière pour faire connaitre des travaux universitaires susceptibles d’intéresser les lecteurs.

J’ai écrit la première rubrique dans ce cadre, consacrée au logement étudiant à partir d’un mémoire primé au concours 2012 de l’OVE.

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Logement banalisé et séparé de l’université ou logement intégré dans les études ? Une comparaison France – États Unis entre deux dispositifs d’animation ou encadrement de résidences universitaires montre deux conceptions différentes du logement des étudiants.

Contrairement à certains clichés qui ont la vie dure, les étudiants ne constituent pas un groupe social très homogène ni une population évidente à encadrer. Age, nationalité, milieu social et familial, filière d’études, pratiques culturelles : dès qu’on cherche à proposer des services ou à « toucher » tous les étudiants, on se rend vite compte que l’étudiant moyen est insaisissable. C’est un constat banal qui n’en constitue pas moins un défi redoutable pour tous les acteurs de l’enseignement supérieur, en premier lieu les établissements universitaires et les collectivités locales, qui ont à construire des « politiques étudiantes » à un niveau ou à un autre !

L’une des solutions souvent envisagées consiste à se rapprocher des étudiants en confiant à certains de leurs pairs le soin de jouer le rôle d’interface, d’intermédiaire ou de relais au sein du milieu étudiant. Dans ce cadre, un étudiant, Lilian Lahieyte, à réalisé un mémoire sur deux expériences de participation rémunérée d’étudiants à l’encadrement ou à l’animation au sein de résidences étudiantes, l’une aux États-Unis et l’autre en France.

Il compare en effet les étudiants « conseillers de résidence » du collège Lewis and Clarck (équivalent d’une université de premier cycle aux États-Unis) et les étudiants-relais de l’université de Strasbourg, ayant pour sa part pu observer les deux dispositifs comme observateur mais aussi comme lecteur de langue résident au sein du collège américain.

A Strasbourg, les étudiants relais ont été mise en place dans une démarche com- mune de l’université (service CAMUS) et du CROUS dans une préoccupation de détecter les étudiants en situation de souffrance ou de créer du lien social au sein de résidences ou de cités universitaires. Le contexte est celui du logement étudiant en France qui découle de politiques d’abord sociales est autonomes des politiques universitaires : le logement est géré par le CROUS, dans un lien très lâche avec les universités, et dans une optique essentiellement sociale, puisque les étudiants bénéficiaires sont choisis avant tout en fonction de certain nombre de critères sociaux. Autrement dit, une résidence étudiante du CROUS regroupe, dans une large mesure, les étudiants de façon indifférente à leurs études.

Rien de tel dans le collège américain, où le logement n’est pas un service social mais un élément totalement intégré aux études, puisque la résidence étudiante est payante et obligatoire, à tout le moins lors des deux premières années d’étude. Dans ce collège, en effet, l’un des plus chers des États-Unis, on retrouve un élément caractéristique de nombre d’ins- titutions universitaires comparables de ce pays, à savoir l’ambition d’un projet éducatif « global », où il s’agit de former le jeune adulte sans trop distinguer la dimension purement « scolaire » des autres dimensions éducatives. Ici, le comporte- ment personnel, l’engagement collectif, la sociabilité dans les loisirs, le sport ou la

culture sont autant de critères d’intégration à la « communauté », qui est l’objectif central de la formation des étudiants. Le passage dans la résidence étudiante, au sein d’un campus qui permet quasiment une vie en circuit fermé durant toute la semaine, est un moyen d’assurer cette socialisation totale », bien au delà des séquences de cours formels. Dès lors, les « conseillers de résidence » ont un rôle quasi-pédagogique visant à assurer une part d’animation voire de contrôle de conformité aux principes de l’université dans la vie quotidienne des résidents.

Au delà des écarts nationaux et culturels qu’on peut considérer irréductibles, la comparaison a le mérite de révéler en creux des traditions ou des choix rarement explicités de ce côté de l’atlantique en matière de logement étudiant.

En premier lieu la coupure entre le logement et les études n’a rien d’évident en soi, qu’il s’agisse de la séparation entre le CROUS et l‘université ou d’un regroupement des résidents étudiants sur une base autre que leur filière d’études

En second lieu il a été choisi, depuis les années 90, de construire des résidences étudiantes qui évacuent largement toute idée d’espaces et de vie collective, au profit d’une banalisation du logement étudiant dans d’autres standards de conforts urbains. En a-t-on mesuré toutes les conséquences pour la socia- lisation des étudiants comme pour la cohésion des quartiers  ?

 Lahieyte Lilian, 2011., « En première ligne. Sociologie comparée de la position et du rôle d’étudiant encadrant dans des résidences universitaires à Strasbourg et à Portland, Oregon », mémoire de quatrième d’année d’IEP, Université de Strasbourg. Ce mémoire a obtenu un prix dans le cadre du concours de l’Observatoire national de la vie étudiante.

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