Toujours sur la formation continue des enseignants

Une interview donnée à La Lettre de l’Éducation

https://www.lalettredeleducation.fr/Olivier-Rey-Chaque-etablissement.html  

 « Chaque établissement devrait pouvoir construire son propre plan de formation »

Au concept habituel de « formation continue », en usage notamment dans l’éducation nationale, vous voudriez substituer celui de « développement professionnel »… 
La formation continue classique est souvent perçue comme prescriptive et normative, imposée par l’institution, par exemple pour accompagner la mise en place d’une réforme. Ou alors, c’est affaire individuelle de l’enseignant, un détour temporaire pour s’adapter à un changement ou rechercher une progression de carrière. Parler de « développement professionnel » revient à dire que cette formation devrait être plus étroitement reliée aux enjeux quotidiens du métier. C’est aussi une façon de considérer que la mise à jour et la progression de l’expertise font partie des compétences normales que l’on peut attendre de tout professionnel de l’éducation. Le glissement de sens est là : le développement professionnel porte sur le cœur du métier, et non sur la gestion ponctuelle d’une adaptation. C’est aussi l’idée que la formation la plus pertinente prend naissance dans la discussion collective, par rapport à des situations vécues. Certains chercheurs ont déjà souligné l’intérêt de s’appuyer sur la dimension formative des situations concrètes rencontrées dans les établissements. C’est pourquoi, comme d’autres, je défends le concept de l’« établissement formateur », en proposant que chaque établissement, chaque école ou chaque réseau dispose d’une enveloppe financière pour construire au plus près son propre plan de formation en fonction des besoins exprimés par les personnels.

Mais qui, dans ce cadre, serait formateur, alors que le vivier n’est déjà pas à la hauteur des besoins ? 
Rappelons d’abord que si l’on manque de formateurs, c’est le résultat du « stop and go » des politiques de recrutement. La suppression de dizaines de milliers de postes jusqu’en 2012 a eu pour conséquence que la formation continue ne pouvait plus être une priorité puisque, au niveau tant national que local, l’heure était à la recherche de moyens pour pallier les urgences. Par ailleurs, si le vivier actuel n’est pas suffisant, nous disposons quand même d’un cadre institutionnel, notamment avec la mise en place en 2015 du Caffa (certificat d’aptitude aux fonctions de formateur académique) équivalent dans le second degré de ce qu’est le Cafipemf (certificat d’aptitude aux fonctions d’instituteur ou de professeur des écoles maître formateur) dans le premier degré. Il faudrait aussi que les universités et leurs chercheurs s’engagent un peu plus dans ce chantier. Partout dans le monde, les grandes universités ont de forts départements d’éducation.

Une telle formule ne serait-elle pas interprétée comme une forme supplémentaire d’autonomie des établissements, portant atteinte à l’unité de l’école ? 
Ce n’est pas là-dessus que se joue la question de l’égalité dans le système scolaire. Garantir l’égalité de l’offre scolaire ne réside pas dans la centralisation ou l’uniformité des fonctionnements car cette unité formelle favorise plutôt les classes sociales qui sont déjà les plus à l’aise dans le contact avec l’école. Au contraire, permettre aux enseignants de maîtriser, par exemple, la différenciation pédagogique au service des élèves en difficulté, c’est un moyen d’aller vers plus d’égalité. Promouvoir une formation continue plus ancrée dans les établissements n’est d’ailleurs pas une idée neuve. Elle a déjà été exprimée dans les rapports des inspections générales en 2010 et en 2013. C’est une idée qui permet de donner du sens à l’autonomie pédagogique, que personne ne remet en cause, et cela sans porter atteinte à la liberté pédagogique des enseignants. Celle-ci ne signifie pas que chaque enseignant se débrouille tout seul dans sa classe mais qu’il soit doté des moyens de faire face aux situations qu’il rencontre. Dans un contexte professionnel, une formation ne « prend » réellement que si les uns et les autres peuvent se voir agir, si un enseignant observe que telle ou telle façon de faire donne des résultats dans une situation comparable à la sienne. Pour cela, il faut sortir du paradigme de la seule formation individuelle : il faut des échanges, de l’observation, du collectif…

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