{"id":175,"date":"2012-10-02T18:37:39","date_gmt":"2012-10-02T17:37:39","guid":{"rendered":"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=175"},"modified":"2020-02-05T15:16:28","modified_gmt":"2020-02-05T14:16:28","slug":"dophelie-et-des-eaux-mortes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=175","title":{"rendered":"D&rsquo;Oph\u00e9lie et des eaux mortes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi l&rsquo;eau courante et pure, m\u00e9andrant dans un \u00e9crin de v\u00e9g\u00e9tation entretenue, est-elle si appr\u00e9ci\u00e9e ? Certains paysages feraient l&rsquo;objet d&rsquo;arch\u00e9types, \u00ab\u00a0c&rsquo;est-\u00e0-dire des formes h\u00e9rit\u00e9es universellement pr\u00e9sentes dont l&rsquo;ensemble constitue la structure de l&rsquo;inconscient\u00a0\u00bb (Jung, 1953). Les cours d&rsquo;eau s&rsquo;y pr\u00eatent particuli\u00e8rement, \u00e0 tel point que les experts, les gestionnaires et les praticiens y perdent leur savoir-penser technique et scientifique lorsqu&rsquo;ils y interviennent. Bien souvent, mieux que les vaines conclusions issues des \u00e9tudes scientifiques, l&rsquo;imaginaire po\u00e9tique et artistique rend compte des attitudes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des \u00e9cosyst\u00e8mes aquatiques, comme si ces derniers r\u00e9veillaient des aptitudes na\u00efves, spontan\u00e9es et enfantines chez celui qui r\u00eave trop de l&rsquo;eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La relation de l&rsquo;eau \u00e0 la mort est intime. Anaximandre n&rsquo;estimait-il pas que les choses retournent \u00e0 ce dont elles sont sorties (<em>Fragments<\/em>, A.9) ? Il n&rsquo;y a pas loin pour franchir la menue distance qui s\u00e9pare l&rsquo;an\u00e9antissement quotidien du soleil, l&rsquo;\u00e9chouage de l&rsquo;esquif ou la mort humaine : \u00ab\u00a0Epoux solaire de toute roche liqu\u00e9fi\u00e9e \/ \u00e0 la limite de l&rsquo;absence \/ tu as cette physionomie (\u2026) \/ de bateau qui va sombrer\u00a0\u00bb (Caroutch, 1972). Les motifs de l&rsquo;enlisement et de l&rsquo;engloutissement proc\u00e8dent d&rsquo;observation quasi-quotidienne de l&rsquo;eau absorbant et enfantant le soleil : \u00ab\u00a0(\u2026) tes yeux \/ S&rsquo;agrandissent \/ De tous les espaces noy\u00e9s \/ Soul\u00e8vent de la nuit tous les soleils \/ Engloutissent tous les m\u00e2ts \/ Renferment leur transparence (\u2026)\u00a0\u00bb. (<em>Ouvrez la mort<\/em>, <em>in<\/em> Antonin, 1973). Mais, plut\u00f4t que le soleil, le premier mort s&rsquo;apparente \u00e0 la lune parce qu&rsquo;elle dispara\u00eet du ciel nocturne pendant les trois jours de son renouveau\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si les r\u00e9seaux m\u00e9taphoriques sont fatalement enchev\u00eatr\u00e9s et indissociables, les voies les plus emprunt\u00e9es de l&rsquo;eau noire peuvent \u00eatre distingu\u00e9es, en particulier celle de <em>la mort accept\u00e9e<\/em>, souvent figur\u00e9e par un corps (simple bois flottant ou barque fun\u00e8bre)&nbsp;\u00e0 la d\u00e9rive dans une eau courante \u2013 complexe de Charon \u2013 et celle de l<em>a mort d\u00e9sir\u00e9e<\/em>, dont le motif est attach\u00e9 au corps englouti par une eau calme et profonde \u2013 complexe d&rsquo;Oph\u00e9lie.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;eau mortif\u00e8re<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Emaz (1997) souligne la direction du mouvement, l&rsquo;inclinaison de la vie&nbsp;: \u00ab\u00a0Pas plus de honte que de refuge. \/ Comme si personne ne pouvait d\u00e9vier, emp\u00eacher. \/ Mauvaise pente. \/ dans le charroi d&rsquo;os et de terre \/ sans livre \/ tout va \/ au fond\u00a0\u00bb. Les eaux lourdes, denses et lentes \u00e9voquent le mieux les figures du retour : nombre de personnes s&rsquo;y jettent. La presse quotidienne regorge de \u00ab\u00a0d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb. Ainsi, dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le myst\u00e8re du lac de Laffrey est \u00e9clairci\u00a0\u00bb (<em>Le Dauphin\u00e9 Lib\u00e9r\u00e9<\/em>, 22 juin 1926), le maire de Saint-Th\u00e9offrey exprima une indignation d\u00e9pourvue d&#8217;empathie : \u00ab\u00a0Pourquoi (&#8230;) viennent-ils [les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de la vie] se noyer \u00e0 Saint-Th\u00e9offrey. Ils vont \u2013 c&rsquo;est la mode nouvelle \u2013 se jeter dans le lac de Laffrey, et la brise l\u00e9g\u00e8re pousse leur cadavre vers la route de Laffrey \u00e0 La Mure, au point d\u00e9nomm\u00e9 l&rsquo;Eboul\u00e9e\u00a0\u00bb. Gu\u00e8re plus compatissant, le journaliste d&rsquo;ajouter : \u00ab\u00a0M\u00eame apr\u00e8s leur mort, les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s trouvent le moyen d&rsquo;\u00eatre d\u00e9sagr\u00e9ables \u00e0 leurs concitoyens et d&rsquo;encombrer la voie publique, ainsi qu&rsquo;il advint avant-hier et hier, \u00e0 Petit-Chet\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_176\" style=\"width: 611px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/Noyee.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-176\" class=\"size-full wp-image-176\" title=\"Noyee\" alt=\"\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/Noyee.jpg\" width=\"601\" height=\"581\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/Noyee.jpg 601w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/Noyee-300x290.jpg 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/Noyee-310x300.jpg 310w\" sizes=\"auto, (max-width: 601px) 100vw, 601px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-176\" class=\"wp-caption-text\">Gravure extraite du <em>Progr\u00e8s Illustr\u00e9<\/em> (publi\u00e9e le 29 novembre 1896, en page 4)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le paysage gracquien, le domaine des eaux fun\u00e8bres est omnipr\u00e9sent et son impression s&rsquo;exerce non seulement sur les personnages, mais sur leur destin\u00e9e, sur la dramatique des r\u00e9cits. Immobiles, stagnantes ou silencieuses, les eaux mortes suscitent le sentiment de fatalit\u00e9 hostile tant elles tendent \u00e0 unir leur destin \u00e0 celui de l&rsquo;homme. Par exemple, elles remplissent <em>La Presqu&rsquo;\u00eele<\/em> (Gracq, 1970) : \u00ab\u00a0flaque de silence\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0eau noire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0eau dormante\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0silence d&rsquo;\u00e9tang noir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mares songeuses, endormies\u00a0\u00bb. Alli\u00e9es au silence et \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9, les eaux lourdes et noires participent d&rsquo;une atmosph\u00e8re onirique et menacent les personnages d&rsquo;un sommeil \u00e9ternel. Elles ont une profondeur significative et sont ainsi pourvues d&rsquo;un curieux pouvoir d&rsquo;engloutissement. A l&rsquo;arri\u00e8re-plan de ces apparitions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, le th\u00e8me de la noyade s&rsquo;affirme.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on d\u00e9rive au large de la roche, m\u00eame au milieu d&rsquo;une chaude apr\u00e8s-midi, il tombe sur les \u00e9paules un froid malsain ; l&rsquo;envie de plonger dans cette eau o\u00f9 infusent \u00e0 plat, sous le couvert sur\u00e9lev\u00e9 des h\u00eatres, les petites feuilles brunes en forme de navette, ne vient pas plus que de plonger dans le Tartare. On dit que la profondeur de la rivi\u00e8re, \u00e0 son pied, \u00e9gale exactement la hauteur de la roche : moins fr\u00e9quent\u00e9 de beaucoup, heureusement, que le Pont des Suicides, je ne connais pas de lieu qui semble mieux fait pour s&rsquo;y noyer\u00a0\u00bb <em>(Gracq, 1976)<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h1><\/h1>\n<h1>Le complexe d&rsquo;Oph\u00e9lie<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\">Avec le complexe d&rsquo;Oph\u00e9lie, la mort aquatique appara\u00eet sous une forme renouvel\u00e9e : \u00ab\u00a0(\u2026) le f\u00e9tu emport\u00e9 par le ruisseau est l&rsquo;\u00e9ternel symbole de l&rsquo;insignifiance de notre destin\u00a0\u00bb (G. Bachelard, 1942). Ce f\u00e9tu, c&rsquo;est Oph\u00e9lie qui appara\u00eet dans Hamlet, une pi\u00e8ce \u00e9crite par Shakespeare en 1601. Il ne s&rsquo;agit pourtant que d&rsquo;un personnage secondaire amoureux du h\u00e9ros, faible psychologiquement, qui sombre peu \u00e0 peu dans la folie. Selon la reine Gertrude, elle meurt noy\u00e9e en cueillant des fleurs, mais Shakespeare laisse planer un doute. Est-ce un suicide ou un accident ?<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\">\u00ab\u00a0Un saule cro\u00eet qui penche au-dessus d&rsquo;un ruisseau \/ Et mire dans les eaux ses feuilles argent\u00e9es. \/ C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elle s&rsquo;en vint sous de folles guirlandes, \/ P\u00e2querette, coucou, ortie et cette fleur \/ Qui dans le franc parler de nos bergers re\u00e7oit \/ Un nom grossier, mais que nos pudiques fillettes \/ Nomment patte-de-loup. L\u00e0, elle s&rsquo;agrippait \/ En voulant accrocher aux branches retombantes \/ Sa couronne de fleurs, quand un m\u00e9chant rameau \/ Casse et la pr\u00e9cipite avec ses gais troph\u00e9es \/ Dans le ruisseau pleurant. Sa robe se d\u00e9ploie \/ Et la soutient sur l&rsquo;eau telle qu&rsquo;une sir\u00e8ne ; \/ Elle chantonne alors des bribes de vieux airs, \/ Comme ne se rendant compte de sa d\u00e9tresse, \/ Ou comme un \u00eatre qui serait trouv\u00e9 l\u00e0 \/ Dans son propre \u00e9l\u00e9ment. Mais ce ne fut pas long. \/ Ses v\u00eatements enfin, lourds de ce qu&rsquo;ils ont bu, \/ Entra\u00eenent la pauvrette et son doux chant expire \/ En un vaseux tr\u00e9pas&#8230;\u00a0\u00bb (<em>Shakespeare, <\/em>Hamlet<em>, IV, 7<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Image forte du suicide f\u00e9minin, cette citation est fondatrice d&rsquo;un mythe litt\u00e9raire et sert d&rsquo;ancrage au complexe culturel dit d&rsquo;Oph\u00e9lie. Si <em>La grenouille<\/em> a pu \u00eatre vue comme \u00ab\u00a0une naine amphibie, une Oph\u00e9lie manchote\u00a0\u00bb (Ponge, 1962), la pr\u00e9sence d&rsquo;un corps inerte dans une eau morte facilite malgr\u00e9 tout l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ce motif. \u00ab\u00a0C&rsquo;est l&rsquo;eau r\u00eav\u00e9e dans sa vie habituelle, c&rsquo;est l&rsquo;eau de l&rsquo;\u00e9tang qui d&rsquo;elle-m\u00eame \u00ab&nbsp;s&rsquo;oph\u00e9lise&nbsp;\u00bb, qui se couvre naturellement d&rsquo;\u00eatres dormants, d&rsquo;\u00eatres qui s&rsquo;abandonnent et qui flottent, d&rsquo;\u00eatres qui meurent doucement\u00a0\u00bb (G. Bachelard, 1942). L&rsquo;eau devient alors le <em>cosmos<\/em> de la mort ; l&rsquo;<em>oph\u00e9lisation<\/em> lui devient substantielle. Pr\u00e8s de l&rsquo;eau, tout incline \u00e0 la mort&nbsp;: cet \u00e9l\u00e9ment communique avec toutes les puissances de la nuit et de la mort. Un clich\u00e9 de Delphine Balley (<a href=\"http:\/\/www.delphineballey.com\/histoires-vraies\/galerie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">photo<\/a>) s&rsquo;en est fait l&rsquo;\u00e9cho. Avec sa photographie \u2013 la neuvi\u00e8me dans une s\u00e9rie de quinze intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Histoire vraies\u00a0\u00bb&nbsp; \u2013, cette artiste met en image une jeune paysanne qui a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e noy\u00e9e dans le ruisseau du Lys. La t\u00eate de la victime baigne dans une eau calme, \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;un gros morceau de bois mort ; \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re plan, un arbuste tomb\u00e9 barre le cours d&rsquo;eau de part en part. Ainsi, le lien de ce complexe au v\u00e9g\u00e9tal est fort. De m\u00eame, c&rsquo;est par un bouquet qu&rsquo;Odilon Redon a rendu son <em>Oph\u00e9lie<\/em> (1905-1908) conserv\u00e9e \u00e0 la National Gallery de Londres. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une maigre branche d&rsquo;un arbrisseau de la berge qui rattache encore \u00e0 la vie terrestre celle (1844) d&rsquo;Eug\u00e8ne Delacroix, conserv\u00e9e au mus\u00e9e du Louvre (<a href=\"http:\/\/www.culture.gouv.fr\/Wave\/image\/joconde\/0002\/m503604_94de52702_p.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">photo<\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un d\u00e9sir de n\u00e9ant, d&rsquo;an\u00e9antissement est \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Il est particuli\u00e8rement sensible dans le suicide f\u00e9minin (celui d&rsquo;Oph\u00e9lie bien s\u00fbr, mais aussi \u2013 et plus nettement encore \u2013 chez Lorele\u00ef). Ce qui a \u00e9t\u00e9 vu et chant\u00e9, la lune, le soleil ou le monde, est emport\u00e9 dans la d\u00e9rision : \u00ab\u00a0Ciel ! Amour ! Libert\u00e9 ! Quel r\u00eave, \u00f4 pauvre Folle ! \/ Tu te fondais \u00e0 lui comme une neige au feu : \/ Tes grandes visions \u00e9tranglaient ta parole \/ &#8211; Et l&rsquo;infini terrible effara ton \u0153il bleu !\u00a0\u00bb (<em>Oph\u00e9lie<\/em>, 15 mai 1870). Selon les po\u00e8tes, cette mort n&rsquo;est ni forc\u00e9e, ni malheureuse. Mourir de cette fa\u00e7on a parfois paru irr\u00e9sistible : \u00ab\u00a0Oph\u00e9lie, Oph\u00e9lie \/ Ton beau corps sur l&rsquo;\u00e9tang \/ C&rsquo;est des b\u00e2tons flottants \/ A ma vieille folie\u00a0\u00bb (Laforgue, 1887, <em>Moralit\u00e9s l\u00e9gendaires<\/em>). Et \u00e0 chaque fois, Oph\u00e9lie et les d\u00e9bris ligneux sont assimil\u00e9s par une anthropomorphisation spontan\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les YEUX FERMES sous les feuilles fra\u00eeches de ses tro\u00e8nes, le chemin d&rsquo;eau m&#8217;emportait chaque apr\u00e8s-midi \u00e0 reculons comme une Oph\u00e9lie pass\u00e9e dans sa bou\u00e9e de fleurs, dissolvant lentement du front les cl\u00f4tures molles. (&#8230;) L&rsquo;ombre de la for\u00eat sur la rivi\u00e8re m\u00ealait \u00e0 l&rsquo;eau noire une douce tisane de feuilles mortes et d&rsquo;oubli\u00a0\u00bb <em>(Gracq, 1946)<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<\/blockquote>\n<h1>L&rsquo;enlisement et l&rsquo;engloutissement aquatique<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un corps flottant sur une eau dormante rend le milieu mortif\u00e8re. Il en fait le lieu de l&rsquo;enlisement, un passage vers une prison liquide o\u00f9 l&rsquo;espace et le temps se dilatent \u00e0 l&rsquo;infini, que ce soit dans le bas-relief en bronze (1876) d\u00fb \u00e0 Auguste Pr\u00e9ault et disponible au mus\u00e9e d&rsquo;Orsay, dans <em>La Jeune Martyre<\/em> (1855) de Paul Delaroche au Louvre, ou dans l&rsquo;huile sur toile intitul\u00e9e <em>Ophelia<\/em> (1883) peinte par Alexandre Cabanel. Dans les ann\u00e9es 1850, quelques symbolistes ont offert des images pleines d&rsquo;une po\u00e9sie morbide. Davantage que dans le naturalisme, leur \u0153uvre misait sur des paysages visionnaires et des repr\u00e9sentations ambigu\u00ebs. Une grille v\u00e9g\u00e9tale et une eau stagnante pi\u00e9geaient l&rsquo;espace en l&rsquo;immobilisant. Le bois y \u00e9tait fr\u00e9quemment pr\u00e9sent, dans presque toute l&rsquo;\u0153uvre de Bresdin, chez H\u00e9bert, Millais, ou encore chez Hunt. Les hommes errent seuls dans un univers \u00e9cras\u00e9 de pessimisme o\u00f9 le v\u00e9g\u00e9tal est hostile et le min\u00e9ral st\u00e9rile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans l&rsquo;eau que s&rsquo;ach\u00e8ve la boucle : \u00ab\u00a0Je suis le ma\u00eetre \/ D&rsquo;un bateau \/ Qui n&rsquo;est pas mien \/ Et qui s&rsquo;enfonce \/ Corps et biens\u00a0\u00bb (<em>Seconde Travers\u00e9e<\/em>, <em>in<\/em> Balinec, 1991). N\u00e9s de l&rsquo;argile, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un m\u00e9lange de terre et d&rsquo;eau, les hommes retournent \u00e0 l&rsquo;argile, avant de revenir \u00e0 l&rsquo;eau des commencements : \u00ab\u00a0Entre tes cheveux ruissellent \/ Fluides les gouttes d&rsquo;eau r\u00e9unies \u00e0 nouveau \/ Et tu repars \/ Les deux bras en pointe sur ton corps tout droit \/ Te retrouver au fond de l&rsquo;eau\u00a0\u00bb (<em>Plongeon<\/em>, <em>in<\/em> Auzias, 1966). De fait, l&rsquo;absorption par l&rsquo;eau fascine ; et d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 des curiosit\u00e9s naturelles ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es par le texte : \u00ab\u00a0Ct\u00e9sias rapporte qu&rsquo;il y a aux Indes un \u00e9tang appel\u00e9 Sila, o\u00f9 rien ne surnage et o\u00f9 tout s&rsquo;enfonce ; Caelius dit que chez nous, dans l&rsquo;Arverne, les feuilles m\u00eames s&rsquo;enfoncent ; et, selon Varron, les oiseaux que leur vol y a port\u00e9s meurent\u00a0\u00bb (Pline l&rsquo;Ancien, <em>H.N.<\/em>, I, 18).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout objet susceptible d&#8217;empathie r\u00e9veille le motif de l&rsquo;engloutissement. Ce peut \u00eatre un tronc noy\u00e9, ou un animal aussi inattendu soit-il\u2026<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ressens la fra\u00eecheur de l&rsquo;eau noire contre leurs flancs [quatre ragondins], ce mouvement trouble et d&rsquo;amiti\u00e9 pure. De l\u00e0, on peut aller jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00eaver cet enveloppement total autour des poissons. D&rsquo;autant que nulle part le fond de l&rsquo;\u00e9tang n&rsquo;est visible. Il n&rsquo;est connu qu&rsquo;au plus fort de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, crevass\u00e9 apr\u00e8s le recul d&rsquo;une zone limoneuse et nocturne. Il y a l\u00e0 peu de lumi\u00e8re, peu de v\u00e9g\u00e9tation : seulement les centrales de filtrage d&rsquo;\u00e9normes bivalves. J&rsquo;aurais envie de m&rsquo;y enfoncer graduellement, sans pour autant oser une fin r\u00e9elle. Virginia Woolf est all\u00e9e au bout de cet accueil. Il faut comprendre sa mort prodigieuse\u00a0\u00bb <em>(Gloaguen, 1992)<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La noyade est \u00e9galement le signe d&rsquo;un \u00e9veil \u00e0 une autre r\u00e9alit\u00e9 puisqu&rsquo;elle rend la connaissance accessible. Aussi les th\u00e8mes de l&rsquo;enlisement et de la dissolution peuvent-ils \u00eatre distingu\u00e9s. Si l&rsquo;enlisement reste l&rsquo;expression d&rsquo;un \u00ab\u00a0manque d&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb, la dissolution s&rsquo;av\u00e8re salutaire et dynamique en ce sens qu&rsquo;elle accomplit un d\u00e9sir de communion avec le cosmos. Selon le th\u00e8me, la qualit\u00e9 de la mort varie, tout comme diff\u00e8rent ce qui est volontaire et ce qui est subi.<\/p>\n<h1>La dissolution et la fusion dans l&rsquo;eau<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">En langage alchimique, la premi\u00e8re grande op\u00e9ration est la putr\u00e9faction, la dissolution du sujet en une mati\u00e8re premi\u00e8re, limoneuse et visqueuse : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu fermenter les marais \u00e9normes, nasses \/ O\u00f9 pourrit dans les joncs tout un L\u00e9viathan !\u00a0\u00bb (<em>Le Bateau Ivre<\/em>, 1871). Rimbaud a d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises le th\u00e8me du pourrissement qui pr\u00e9c\u00e8de la dissolution : \u00ab\u00a0J&rsquo;aime autant, mieux, m\u00eame, \/ Pourrir dans l&rsquo;\u00e9tang, \/ Sous l&rsquo;affreuse cr\u00e8me, \/ Pr\u00e8s des bois flottants\u00a0\u00bb (<em>Les Amis<\/em>, in <em>Com\u00e9die de la Soif<\/em>, mai 1872). De m\u00eame, plus r\u00e9cemment : \u00ab\u00a0Avant que ne tombent \/ Les jours, les fleurs, dans l&rsquo;argent terni \/ Des miroirs, toutes surfaces r\u00e9fl\u00e9chissantes, \/ L\u00e0 o\u00f9 peu \u00e0 peu se dissoudraient \/ Leurs vieux visages\u00a0\u00bb (<em>Le futur du noir<\/em>, <em>in<\/em> Adelen, 2002).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;<em>Oph\u00e9lie<\/em> de Millais (1851), l&rsquo;eau profonde s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 \u00ab\u00a0dig\u00e9rer Oph\u00e9lie que sa robe apparente \u00e0 une chrysalide\u00a0\u00bb (Soubiran, 2002). Paradoxalement, l&rsquo;eau semble boire Oph\u00e9lie. Le d\u00e9sir de fusion avec la mati\u00e8re, de faire corps avec elle, est vif quand il s&rsquo;agit d&rsquo;eau : \u00ab\u00a0Quelquefois il m&rsquo;a sembl\u00e9 que j&rsquo;y [le long des routes] poursuivais le r\u00e8gne enfin \u00e9tabli d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment pur \u2013 l&rsquo;arbre, la prairie, le plateau nu \u00e0 perte de vue \u2013 afin de m&rsquo;y int\u00e9grer et de m&rsquo;y dissoudre \u00ab comme une pierre dans le ciel \u00bb pour reprendre un mot d&rsquo;Eluard qui m&rsquo;a toujours laiss\u00e9 troubl\u00e9\u00a0\u00bb (Gracq, 1992). De m\u00eame, la po\u00e9sie de Caroutch (1972) a souvent \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par les \u00ab\u00a0dormeurs enfouis sous la rivi\u00e8re\u00a0\u00bb, ceux qui ont su abolir \u00ab\u00a0le lancinant \u00e9cart \/ entre l&rsquo;eau dormante \/ et la plaie jamais referm\u00e9e\u00a0\u00bb. Chez elle encore, ce motif du \u00ab\u00a0spectre flottant des eaux\u00a0\u00bb qui nous poursuit si longtemps \u00ab\u00a0que nous sommes devenus fontaines\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le suicide a pu \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 comme une ultime qu\u00eate du plaisir ou du bonheur. L&rsquo;abandon \u00e0 l&rsquo;eau et \u00e0 ses courants produit une grande jouissance. Poss\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;eau, on oublie le corps pour devenir pens\u00e9e et ne faire qu&rsquo;un avec l&rsquo;objet de son d\u00e9sir. Songeant \u00e0 l&rsquo;adieu de celui qu&rsquo;elle aime&nbsp;\u2013 Radam\u00e8s&nbsp;\u2013, A\u00efda \u00e9voque ainsi le suicide&nbsp;: \u00ab\u00a0Les flots du Nil rapide, pour jamais \/ M&rsquo;offrent la tombe et la paix, \/ Et l&rsquo;oubli de moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (Verdi, 1871). Plus qu&rsquo;\u00e0 une r\u00e9gression et \u00e0 un mode \u00e9l\u00e9mentaire d&rsquo;existence, mourir dans l&rsquo;eau conduit \u00e0 une extinction qui semble d\u00e9finitive, qui \u00e9limine toute possibilit\u00e9 d&rsquo;un retour dans le circuit cosmique. Ainsi, les libations pour les d\u00e9funts ont pour objet la fin des souffrances et l&rsquo;apaisement en provoquant une mort totale. Cette d\u00e9sint\u00e9gration, cette perte de l&rsquo;\u00eatre dans la totale dispersion, poss\u00e8de une certaine po\u00e9sie. La mort dans l&rsquo;eau a suscit\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de nombreux auteurs. L&rsquo;amour lui-m\u00eame est une eau romantique, une irr\u00e9sistible force liquide qui ne semble c\u00e9der qu&rsquo;au terme d&rsquo;un retour dans le milieu aquatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Des eaux merveilleuses \/ ondulent sous mes yeux : \/ et tous mes sens \/ ne me font voir qu&rsquo;elles, \/ ces ondes mouvantes d\u00e9licieuses !&#8230; \/ Puisqu&rsquo;elles ont brouill\u00e9 mon visage, \/ je br\u00fble \u00e0 pr\u00e9sent moi-m\u00eame \/ de rafra\u00eechir dans le flot \/ l&rsquo;ardeur qui me consume\u2026 \/ Moi-m\u00eame, tel que je suis, \/ je veux sauter dans l&rsquo;onde : \/ oh ! puissent ses vagues \/ me rouler bienheureusement, \/ puisse mon d\u00e9sir dispara\u00eetre \/ dans le flot !&#8230;\u00a0\u00bb&nbsp; <em>(Wagner, <\/em>Siegfried<em>, III, 3)<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;En effet, l&rsquo;immersion supprime les formes, les signes et les \u00e9v\u00e9nements : rien ne lui survit. \u00ab\u00a0L&rsquo;immersion \u00e9quivaut, sur le plan humain, \u00e0 la mort, et sur le plan cosmique, \u00e0 la catastrophe (le d\u00e9luge) qui dissout p\u00e9riodiquement le monde dans l&rsquo;oc\u00e9an primordial\u00a0\u00bb (Eliade, 1964). L&rsquo;immersion dans l&rsquo;eau symbolise la r\u00e9gression dans le pr\u00e9formel :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je jure ceci : \u00e0 quoi lui serviront sa force, sa beaut\u00e9 et ses belles armes, quand tout cela sera couch\u00e9 au fond de mon lit, sous la boue ? Et, lui-m\u00eame, je l&rsquo;envelopperai de sables et de limons, et les Akhaiens ne pourront recueillir ses os, tant je les enfouirai sous la boue. Et la boue sera son s\u00e9pulcre, et quand les Alhaiens voudront l&rsquo;ensevelir, il n&rsquo;aura plus besoin de tombeau !\u00a0\u00bb (<em>Iliade<\/em>, XXI).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant toute r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration ou renaissance, l&rsquo;immersion consiste en une dissolution des formes qui s&rsquo;assimile \u00e0 une r\u00e9int\u00e9gration dans le mode indiff\u00e9renci\u00e9 de la pr\u00e9existence. \u00ab\u00a0C&rsquo;est le monde de l&rsquo;eau o\u00f9 tout ce qui vit est en suspension, o\u00f9 commence le royaume du sympathique, l&rsquo;\u00e2me de tout ce qui vit, o\u00f9 je suis ins\u00e9parablement et ceci et cela, et ce moi-ci et ce moi-l\u00e0 o\u00f9 je fais en moi l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;autre, et o\u00f9 l&rsquo;autre m&rsquo;\u00e9prouve comme \u00e9tant un moi\u00a0\u00bb (Jung, 1965). Selon Eliade (1964), l&rsquo;eau tue le mort, elle le dissout en abolissant d\u00e9finitivement ce qui reste de sa condition humaine et en le solidarisant avec les semences. \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;humble murmure des eaux \/ Tout s&rsquo;\u00e9ternise\u00a0\u00bb<em> <\/em>(<em>Lueur<\/em>, <em>in<\/em> Boulic, 1999).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par sa travers\u00e9e et sa descente, Oph\u00e9lie sugg\u00e8re le passage d&rsquo;un monde \u00e0 l&rsquo;autre \u00e0 travers son propre sacrifice. Dans nombre d\u2019\u0153uvres, l&rsquo;\u00e9tat extatique d&rsquo;Oph\u00e9lie indique que la mort de la vierge va purifier l&rsquo;eau, lui rendant \u00ab\u00a0la propri\u00e9t\u00e9 de la substance f\u00e9minine dissoute\u00a0\u00bb (Bachelard, 1942). En s&rsquo;unissant \u00e0 l&rsquo;eau cr\u00e9pusculaire, elle incarne le principe f\u00e9minin originel et se transcende en arch\u00e9type de la m\u00e8re fertile. Cette eau repr\u00e9sente tout \u00e0 la fois la profondeur maternelle, le lieu de la renaissance et l&rsquo;inconscient sous ses aspects positif et n\u00e9gatif (Jung, 1953).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au total, nos relations \u00e0 l&rsquo;environnement semblent empruntes de motifs partag\u00e9s. En effet, le dispositif juridique fran\u00e7ais, les usages \u00e9labor\u00e9s par les communaut\u00e9s locales ou encore les pratiques de gestion les plus largement pr\u00e9conis\u00e9es trahissent des modalit\u00e9s d&rsquo;appr\u00e9hension arch\u00e9typale. Pour expliciter cette notion, Jung a d&rsquo;ailleurs recouru \u00e0 une comparaison d&rsquo;ordre aquatique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les arch\u00e9types sont pr\u00e9cis\u00e9ment comme des lits de rivi\u00e8res, que l&rsquo;onde a d\u00e9laiss\u00e9s, mais qu&rsquo;elle peut irriguer \u00e0 nouveau apr\u00e8s des d\u00e9lais d&rsquo;une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. Un arch\u00e9type est quelque chose de semblable \u00e0 une vieille gorge encaiss\u00e9e, dans laquelle les flots de la vie ont longtemps coul\u00e9. Plus ils ont creus\u00e9 ce lit, plus ils ont gard\u00e9 cette direction et plus il est probable que t\u00f4t ou tard ils y retourneront <em>(Jung, 1965)<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand il s&rsquo;agit de milieux aqueux, force est de constater que le rationnel et l&rsquo;irrationnel cohabitent de mani\u00e8re \u00e9troite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi l&rsquo;eau courante et pure, m\u00e9andrant dans un \u00e9crin de v\u00e9g\u00e9tation entretenue, est-elle si appr\u00e9ci\u00e9e ? Certains paysages feraient l&rsquo;objet d&rsquo;arch\u00e9types, \u00ab\u00a0c&rsquo;est-\u00e0-dire des formes h\u00e9rit\u00e9es universellement pr\u00e9sentes dont l&rsquo;ensemble constitue la structure de l&rsquo;inconscient\u00a0\u00bb (Jung, 1953). Les cours d&rsquo;eau s&rsquo;y &hellip; <a href=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=175\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[49,40,29,37,41,38,39,42],"class_list":["post-175","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-bachelard","tag-eau","tag-gracq","tag-imaginaire","tag-mort","tag-noyade","tag-ophelie","tag-suicide"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2AZVW-2P","jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/175","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=175"}],"version-history":[{"count":39,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/175\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1159,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/175\/revisions\/1159"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=175"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=175"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=175"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}