{"id":262,"date":"2012-09-14T10:33:59","date_gmt":"2012-09-14T09:33:59","guid":{"rendered":"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=262"},"modified":"2012-10-04T20:13:14","modified_gmt":"2012-10-04T19:13:14","slug":"un-jardin-dans-lecole-normale-superieure-de-lyon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=262","title":{"rendered":"Un jardin dans l&rsquo;Ecole normale sup\u00e9rieure de Lyon (France)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">A la fin des ann\u00e9es 1990, la conception du jardin de l&rsquo;Ecole normale sup\u00e9rieure Lettres et sciences humaines (ENS LSH) de Lyon\u00a0\u2013 soit le site Descartes de l&rsquo;ENS de Lyon\u00a0\u2013 prend sa source au sein de divers penser\/savoir dont les racines sont tout \u00e0 la fois politiques, philosophiques et po\u00e9tiques. Confront\u00e9e aux probl\u00e8mes inh\u00e9rents \u00e0 toute dislocation g\u00e9ographique, l&rsquo;\u00e9quipe de programmation souhaite retrouver une unit\u00e9 de lieu et de temps. C&rsquo;est ainsi que le concept programmatique du \u00ab\u00a0clo\u00eetre ouvert\u00a0\u00bb \u00e9merge. Il t\u00e9moigne d&rsquo;une motivation pour concilier deux exigences compl\u00e9mentaires : le m\u00e9nagement d&rsquo;une communaut\u00e9 de vie et de travail, et l&rsquo;ouverture sur l&rsquo;ext\u00e9rieur (Arnould <em>et al<\/em>., 2012).<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&#8217;embl\u00e9e, le jardin est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0<em>un espace \u00e0 part enti\u00e8re et qui constitue le lieu f\u00e9d\u00e9rateur et le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de toutes les mobilit\u00e9s \u00e0 pied (la voiture y est totalement condamn\u00e9e)<\/em>\u00a0\u00bb (Collectif, 1997). Refusant de le r\u00e9duire \u00e0 un simple <em>\u00ab\u00a0espace vert\u00a0\u00bb<\/em>, les r\u00e9dacteurs du programme demandent que les concepteurs en fassent un <em>\u00ab\u00a0\u00e9crin de l&rsquo;ensemble des b\u00e2timents \u00e0 venir\u00a0\u00bb<\/em>, un \u00ab\u00a0<em>espace de pratiques<\/em>\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0<em>trame structurante<\/em>\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00eelot \u00e0 composer (Collectif, 1997). Non seulement des paysagistes doivent \u00eatre associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de ma\u00eetrise d&rsquo;\u0153uvre, mais l&rsquo;architecture du jardin fait \u00e9galement l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00e9tude et d&rsquo;une proposition de budget qui lui sont propres. Le jardin vise \u00e0 promouvoir l&rsquo;organicit\u00e9 et l&rsquo;unit\u00e9 des diff\u00e9rentes entit\u00e9s architecturales qui correspondent \u00e0 des espaces-temps distincts. En particulier, il fait le lien avec la biblioth\u00e8que mitoyenne. Ses fonctions sont multiples, tout \u00e0 la fois esth\u00e9tique, \u00e9motionnelle, m\u00e9ditative, festive et ludique. Cinq exigences doivent \u00eatre satisfaites : (a) contribuer \u00e0 la reconqu\u00eate urbaine ; (b) structurer l&rsquo;\u00eelot ; (c) proposer un jardin moderne qui ma\u00eetrise en particulier le cycle de l&rsquo;eau ; (d) permettre les pratiques individuelles et collectives ; (e) \u00e9viter la monotonie d&rsquo;ensemble. La conception du site de l&rsquo;ancienne ENS LSH s&rsquo;est faite \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du quartier de Gerland. L&rsquo;objectif \u00e9tait de favoriser la communication entre des \u00eelots de grandes dimensions, en valorisant des espaces int\u00e9rieurs tr\u00e8s v\u00e9g\u00e9talis\u00e9s, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une cit\u00e9 jardin.<\/p>\n<div id=\"attachment_281\" style=\"width: 534px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo11.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-281\" class=\"size-full wp-image-281\" title=\"photo(1)\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo11.jpg\" alt=\"\" width=\"524\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo11.jpg 524w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo11-300x183.jpg 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo11-491x300.jpg 491w\" sizes=\"auto, (max-width: 524px) 100vw, 524px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-281\" class=\"wp-caption-text\">Le jardin de l&rsquo;administration (\u00e0 gauche) et celui de la recherche (\u00e0 droite), deux esth\u00e9tiques distinctes (clich\u00e9 : Le Lay Y.-F., 2012)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, le site Descartes de l&rsquo;ENS de Lyon investit un site de huit hectares, comportant le projet architectural sign\u00e9 Henri et Bruno Gaudin et un jardin con\u00e7u par Gilles Cl\u00e9ment et Guillaume Geoffroy-Dechaume. G. Cl\u00e9ment (interview\u00e9 par F. Arnal, <a href=\"http:\/\/ahahh.blog.lemonde.fr\/2008\/04\/23\/le-jardin-de-lenslsh-a-lyon-entretien-avec-gilles-clement\/\" target=\"_blank\">ici<\/a> ; voir aussi ce <a href=\"http:\/\/ahahh.blog.lemonde.fr\/2008\/04\/21\/le-jardin-de-lenslsh-a-lyon-decouverte\/\" target=\"_blank\">billet<\/a>), paysagiste \u00e0 l&rsquo;Ecole nationale sup\u00e9rieure du paysage de Versailles, a trouv\u00e9 dans le quartier de Gerland un terrain pour approfondir et concr\u00e9tiser trois de ses propres concepts. S&rsquo;\u00e9loignant du <em>landscape design<\/em> et de la volont\u00e9 d&rsquo;imposer un ordre formel et statique qui contredit la nature, il invite le jardinier \u00e0 \u00e9conomiser ses moyens mat\u00e9riels pour mieux observer et accompagner la dynamique spontan\u00e9e des esp\u00e8ces dans un <em>Jardin en mouvement<\/em> (Cl\u00e9ment, 1991). Cette pratique proc\u00e8de de la prise de conscience que le monde v\u00e9g\u00e9tal est fragile et en symbiose avec le monde animal et avec les hommes : il forme un <em>Jardin plan\u00e9taire<\/em> (Blazy et Cl\u00e9ment, 1995 ; Eveno et Cl\u00e9ment, 1997 ; Cl\u00e9ment, 1997 et 2008). Ainsi, la friche urbaine laiss\u00e9e par les \u00e9tablissements Mure \u2013 dont les ouvriers produisaient des armatures pour b\u00e9ton arm\u00e9 et particip\u00e8rent aux chantiers du \u00ab\u00a0crayon\u00a0\u00bb de la Part-Dieu, de la gare de Lyon-Saint-Exup\u00e9ry TGV, de la centrale nucl\u00e9aire de Creys-Malville ou encore du barrage de Donz\u00e8re-Mondragon construit sur le Rh\u00f4ne \u2013 s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00ab\u00a0<em>un fragment ind\u00e9cid\u00e9 du Jardin Plan\u00e9taire<\/em>\u00a0\u00bb (Cl\u00e9ment, 2005), un <em>Tiers-paysage<\/em> que le jardinier peut investir plus ou moins intens\u00e9ment selon ses choix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au centre du site, le sillon enracine le jardin par son \u00e9tendue d&rsquo;herbe rase que flanquent deux chemins de pierre. Grand ouvert, il forme ainsi un long boulingrin, c&rsquo;est-\u00e0-dire un parterre engazonn\u00e9 et en creux qu&rsquo;une bordure v\u00e9g\u00e9tale ou ma\u00e7onn\u00e9e peut cerner. Les murets bas et courbes forment un ventre pour soutenir les diff\u00e9rences de niveau et d\u00e9finir des zones qui font l&rsquo;objet d&rsquo;un traitement diff\u00e9renci\u00e9\u00a0: la pelouse occupe le c\u0153ur, la prairie les alentours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le flanc occidental du site, les <em>jardins des signes<\/em> font \u00e9cho \u00e0 la th\u00e9orie des signes \u00ab\u00a0<em>qui en chaque plante voyait une \u00e9criture et fut \u00e0 l&rsquo;origine des anciennes classifications phytoth\u00e9rapeutiques<\/em>\u00a0\u00bb (Drevet, 2000). Voil\u00e0 une invitation \u00e0 renouveler le regard sur le monde v\u00e9g\u00e9tal et sur les relations qu&rsquo;il entretient avec son environnement\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Le <em>jardin du temps<\/em> illustre l&rsquo;\u00e9ventail des signes ph\u00e9nologiques, soit des \u00e9v\u00e9nements p\u00e9riodiques li\u00e9s au climat, comme la pousse des feuilles, la floraison, la fructification ou la chute des feuilles. Il met en valeur les modifications saisonni\u00e8res, faisant la part belle \u00e0 l&rsquo;hiver au moyen des \u00e9corces, des fruits et des feuillages. Le passage des autres saisons est exprim\u00e9 par la floraison des plantes bulbeuses.<\/li>\n<\/ul>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Le <em>jardin des formes<\/em> insiste sur les signes morphologiques. Il soumet \u00e0 la vue toute la diversit\u00e9 des formes des appareils v\u00e9g\u00e9tatifs\u00a0: \u00ab\u00a0<em>limbes orbiculaires, cr\u00e9nel\u00e9s ou sagitt\u00e9s, feuilles lacini\u00e9es, plumeuses, cylindriques ou lin\u00e9aires, enti\u00e8res ou compos\u00e9es, molles ou coriaces<\/em>\u00a0\u00bb (Drevet, 2000).<\/li>\n<\/ul>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Le <em>jardin de la communication<\/em> souligne les signes relationnels. Par leurs couleurs et leurs parfums, les plantes stimulent le voisinage animal et d\u00e9veloppent des \u00e9changes de bon proc\u00e9d\u00e9, notamment avec l&rsquo;entomofaune. Les insectes sont ainsi attir\u00e9s par des plantes mellif\u00e8res (la campanule vivace, des coton\u00e9asters) et par le parfum d&rsquo;autres esp\u00e8ces, comme l&rsquo;escallonia.<\/li>\n<\/ul>\n<div id=\"attachment_269\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo6.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-269\" class=\" wp-image-269 \" title=\"photo(6)\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo6.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"478\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo6.jpg 640w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo6-300x224.jpg 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo6-401x300.jpg 401w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-269\" class=\"wp-caption-text\">Le jardin des formes (clich\u00e9 : Le Lay Y.-F., 2012)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le flanc oriental de l&rsquo;ensemble, deux autres jardins se moquent du quotidien des usagers en le caricaturant\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Le <em>jardin de l&rsquo;administration<\/em> rend compte du classement et de l&rsquo;archivage \u00e0 sa mani\u00e8re. Son organisation t\u00e9moigne d&rsquo;une structure aussi rigoureuse que celle d&rsquo;un meuble \u00e0 tiroirs. Des haies de charmes et des all\u00e9es quadrillent r\u00e9guli\u00e8rement des carr\u00e9s plant\u00e9s de vivaces et d&rsquo;arbustes (Meriel et Prabel, 2008). Cinq jardins de couleurs peuvent y \u00eatre distingu\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Le <em>jardin de la recherche<\/em> tient du labyrinthe. Au premier regard, les plants d&rsquo;eulalie du Japon, hauts et touffus, semblent imp\u00e9n\u00e9trables. A mieux y regarder, une sente s&rsquo;amorce. Qu&rsquo;on le suive et le chemin s&rsquo;av\u00e8re sinueux\u00a0; il d\u00e9bouche finalement sur une haute touffe, un mur, une fen\u00eatre ou une porte.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres paysages peuvent \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s vers la fosse aux ours, le jardin d&rsquo;eau, le jardin des aromatiques, le potager, les jardins de la r\u00e9sidence, le jardin du r\u00e9gisseur ou l&rsquo;enclos des moutons.<\/p>\n<div id=\"attachment_273\" style=\"width: 478px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo41.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-273\" class=\"size-full wp-image-273\" title=\"photo(4)\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo41.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"298\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo41.jpg 468w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo41-300x191.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-273\" class=\"wp-caption-text\">Les moutons de Soay (clich\u00e9 : Le Lay Y.-F., 2012)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plantation des arbustes et des grands arbres \u00ab\u00a0<em>prend la forme d&rsquo;un archipel, \u00eeles plant\u00e9es sur un vaste plan enherb\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb (Cl\u00e9ment, 2002). Cependant, quelques tendances peuvent \u00eatre d\u00e9gag\u00e9es et font du parc une <em>unitas multiplex<\/em>. En particulier, les plantations gagnent en densit\u00e9 et en hauteur du centre vers la p\u00e9riph\u00e9rie. La v\u00e9g\u00e9tation se love et s&rsquo;organise en petites unit\u00e9s, pr\u00e9f\u00e9rentiellement au contact des b\u00e2timents. Sa stratification stimule les sens\u00a0: l&rsquo;\u00e9tage arbustif \u00ab\u00a0<em>permet de r\u00e9gler les relations visuelles, de diversifier les relations spatiales<\/em>\u00a0\u00bb et l&rsquo;\u00e9tage arbor\u00e9 \u00ab\u00a0<em>donne les relations au ciel<\/em>\u00a0\u00bb (Drevet, 2000). Aussi les jardins sont-ils jou\u00e9s comme une partition pour une symphonie de couleurs, de saveurs et d\u2019odeurs, de formes et de mouvements (Arnould <em>et al<\/em>., 2012).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;effet visuel provient en premier lieu des formes et des couleurs. Le jardin des formes comporte notamment un noisetier tortueux et des buis \u00e0 bordure. Ils se pr\u00eatent volontiers \u00e0 l&rsquo;art topiaire et le jardinier y trouve un support de pr\u00e9dilection pour faire montre de cr\u00e9ativit\u00e9. L&rsquo;originalit\u00e9 peut aussi venir des feuilles (en forme de c\u0153ur chez le pain de pourceau, de foie sur l&rsquo;herbe de la Trinit\u00e9, et figurant des croix sur le gaillet croisette), des fleurs (particuli\u00e8rement belles sur l&rsquo;\u0153illet velu) et des hampes florales (le lis des steppes) ou encore des fruits (le figuier). Dans le jardin de l&rsquo;administration, les plantes sont class\u00e9es selon leurs teintes\u00a0: les trois couleurs primaires, \u00e0 savoir le bleu (l&rsquo;absinthe en arbre, des acanthes, l&rsquo;ail azur\u00e9, la buglosse, le cardon, le ceanothe, la cin\u00e9raire maritime, le g\u00e9ranium, l&rsquo;iris, la lavande), le jaune (la canche gazonnante, la courge, la dent de chien, l&rsquo;euryops, le lis, le manteau de Notre Dame, le noisetier commun), le rouge (l&rsquo;ail g\u00e9ant, la cl\u00e9matite \u00ab\u00a0Orange Peel\u00a0\u00bb, le cornouiller blanc, l&rsquo;euphorbe, le lilas d&rsquo;Espagne), mais aussi le blanc (l&rsquo;am\u00e9lanchier du Canada, l&rsquo;an\u00e9mone du Japon, le chou nuage blanc, le cornouiller \u00ab\u00a0kousa\u00a0\u00bb, l&rsquo;herbe aux gueux, la val\u00e9riane blanche des jardins) et le noir (le cotinus, le fenouil, la fritillaire de Perse, le gouet serpentaire, le liseron des champs).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre cette farandole de formes et de couleurs, le site rec\u00e8le encore des tr\u00e9sors de parfums et de saveurs. Bien s\u00fbr, le jardin des aromatiques et le potager y contribuent largement. Ailleurs, l&rsquo;osmanthe doit son nom \u00e0 ses fleurs odorif\u00e9rantes et l&rsquo;oxalis doit le sien au go\u00fbt acide de ses feuilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, les jardins du site Descartes de l&rsquo;ENS de Lyon abritent de nombreuses esp\u00e8ces animales (Salmeron, 2007\u00a0; Javaux, 2007 ; Arnould, 2012), telles que les odonates qui visitent le jardin d&rsquo;eau ou les osmies qui collectent le pollen avec leur brosse ventrale et nichent dans le jardin de la communication. Ceci confirme que la nature en ville joue un r\u00f4le consid\u00e9rable dans la conservation et la promotion de la biodiversit\u00e9 en luttant contre la fragmentation des habitats (Boutefeu, 2007 et 2008).<\/p>\n<div id=\"attachment_275\" style=\"width: 518px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-275\" class=\"size-full wp-image-275\" title=\"photo\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo3.jpg\" alt=\"\" width=\"508\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo3.jpg 508w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo3-300x181.jpg 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo3-494x300.jpg 494w\" sizes=\"auto, (max-width: 508px) 100vw, 508px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-275\" class=\"wp-caption-text\">Des abris pour les abeilles dans le jardin de la communication (clich\u00e9 : Le Lay Y.-F., 2012)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Romulus qui a marqu\u00e9 \u00e0 la charrue les limites des murailles romaines, G. Cl\u00e9ment a renouvel\u00e9 le rite \u00e9trusque pour tracer le sillon, cette \u00ab\u00a0<em>entaille primordiale emprunt\u00e9e aux anciens rites de fondations<\/em>\u00a0\u00bb (Cl\u00e9ment, 2002). Rappelant le jardin plan\u00e9taire et anticipant la maxime <em>Penser global, agir local<\/em>, ce sillon ouvre une perspective m\u00e9ridienne qui \u00ab\u00a0<em>se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la g\u00e9ographie plan\u00e9taire, mais \u00e9galement \u00e0 la g\u00e9ographie locale\u00a0: orientation de la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne et des vents dominants<\/em>\u00a0\u00bb (Cl\u00e9ment, 2002). Cette b\u00e9ance au creux d&rsquo;un espace b\u00e2ti et plant\u00e9 figure le clo\u00eetre autour duquel la vie s&rsquo;organise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jardins h\u00e9bergent plusieurs passeurs de fronti\u00e8res\u00a0: la berce du Caucase et la mol\u00e8ne font partie de ces plantes voyageuses qui rechignent \u00e0 tenir en place. Le vent, les insectes et les oiseaux s&rsquo;amusent \u00e0 perturber le trop bel ordonnancement, notamment dans le jardin de l&rsquo;administration. Les vecteurs sont nombreux\u00a0; les hommes en font partie, parfois \u00e0 leur insu. Les oiseaux profitent des fruits que fournissent plusieurs plantes (la bardane, le caryopt\u00e9ris, la fraise des bois, le gouet d&rsquo;Italie, le lierre arborescent, l&rsquo;olivier de Provence, le th\u00e9 du Canada). Un geai a probablement cach\u00e9 son fruit sous une dalle granitique et sem\u00e9 ainsi un noyer commun dans le jardin du temps (Salmeron, 2007). La microfaune relaie le jardinier comme chef d&rsquo;orchestre. Les fourmis dispersent les graines du pied de griffon. Certaines esp\u00e8ces s&rsquo;invitent dans le parc, telles le bouleau verruqueux, les \u00e9rables champ\u00eatre et negundo, et la ficaire fausse renoncule\u00a0: le jardinier peut les conserver au nom de la biodiversit\u00e9 sp\u00e9cifique. Quant \u00e0 la part des anges, la reproduction v\u00e9g\u00e9tative s&rsquo;en occupe, comme avec les fraisiers. Certes, ces jardins \u00e9manent d&rsquo;un <em>Eloge des vagabondes<\/em> (Cl\u00e9ment, 2002)\u00a0; mais il en est qui s&rsquo;av\u00e8rent tr\u00e8s envahissantes, comme l&rsquo;arbre aux papillons que vient butiner le moro-sphinx (Salmeron, 2007).<\/p>\n<div id=\"attachment_276\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo21.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-276\" class=\"size-full wp-image-276\" title=\"photo(2)\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo21.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"398\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo21.jpg 640w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo21-300x186.jpg 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/photo21-482x300.jpg 482w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-276\" class=\"wp-caption-text\">Le jardin d&rsquo;eau, le dernier n\u00e9 (clich\u00e9 : Le Lay Y.-F., 2012)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">567 esp\u00e8ces de plantes composent les jardins de l&rsquo;Ecole (Salmeron, 2007). Certaines font signe davantage que les autres. Le pommier est l&rsquo;arbre de la connaissance et le laurier une figure de l&rsquo;excellence studieuse. Ce dernier densifie l&rsquo;\u00e9tage moyen des \u00eeles v\u00e9g\u00e9tales o\u00f9 il est men\u00e9 en buisson ou en tige. De plus, les essences du jardin symbolisent des rapports au temps distincts, tant\u00f4t lin\u00e9aire tant\u00f4t cyclique. La conception des bosquets repose sur une double temporalit\u00e9. Parmi les arbres dominants, les saules profitent d&rsquo;une croissance rapide pour donner du volume\u00a0; mais les ch\u00eanes les rejoignent. En revanche, le parc respire au rythme de la coupe annuelle des <em>Miscanthus<\/em> et de la fauche biannuelle des prairies. Dans le jardin du temps, des plantes scandent l&rsquo;\u00e9coulement de l&rsquo;ann\u00e9e par les couleurs saisonni\u00e8res du feuillage (le marronnier rouge), de la floraison (le chimonanthe, la gloire des neiges, le mimosa, le muguet de mai, le perce-neige, le tue-chien) et de la fructification (le fraisier des Indes). \u00ab\u00a0<em>La mort, le destin, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 y vont de pair. Avec eux, le sentiment du destin fatal, la petitesse de l&rsquo;homme et l&rsquo;effroi pascalien<\/em>\u00a0\u00bb (Cauquelin, 2002). Le souci y suit le soleil. L&rsquo;arbre aux quarante \u00e9cus nargue le contemplateur depuis les 160 millions d&rsquo;ann\u00e9es de pr\u00e9sence sur terre de ses premiers repr\u00e9sentants (Salmeron, 2007). D&rsquo;autres esp\u00e8ces portent une charge symbolique consid\u00e9rable, comme la cerise du diable. Cette plante est connue \u00ab\u00a0<em>sous le nom de belladone car le suc des fruits frais, appliqu\u00e9 sur les yeux, faisait dilater la pupille en rendant les femmes plus belles<\/em>\u00a0\u00bb (Salmeron, 2007). Elle appartient au genre <em>Atropa<\/em>, qui \u00e9voque la parque coupant le fil de la vie des hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui encore, l&rsquo;ENS de Lyon dispose d&rsquo;une \u00e9quipe de jardiniers \u2013 anim\u00e9e par Michel Salmeron (interview\u00e9 par F. Arnal, <a href=\"http:\/\/ahahh.blog.lemonde.fr\/2008\/05\/01\/le-jardin-de-lenslsh-a-lyon-entretien-avec-son-jardinier-michel-salmeron\/\" target=\"_blank\">ici<\/a> et <a href=\"http:\/\/ahahh.blog.lemonde.fr\/2008\/05\/02\/le-jardin-de-lenslsh-a-lyon-entretien-avec-son-jardinier-suite-michel-salmeron\/\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a>) \u2013 au sein de son personnel et d&rsquo;une tradition naturaliste tr\u00e8s pr\u00e9sente. Pourvu que \u00e7a dure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la fin des ann\u00e9es 1990, la conception du jardin de l&rsquo;Ecole normale sup\u00e9rieure Lettres et sciences humaines (ENS LSH) de Lyon\u00a0\u2013 soit le site Descartes de l&rsquo;ENS de Lyon\u00a0\u2013 prend sa source au sein de divers penser\/savoir dont les &hellip; <a href=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=262\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[19,26],"tags":[21,48,47,44,14,31,17],"class_list":["post-262","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ens-de-lyon-section-de-geographie","category-posture-scientifique","tag-ensl","tag-gilles-clement","tag-jardin","tag-lyon","tag-nature","tag-paysage","tag-ville"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2AZVW-4e","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/262","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=262"}],"version-history":[{"count":36,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/262\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":355,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/262\/revisions\/355"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}