{"id":469,"date":"2013-03-20T16:02:29","date_gmt":"2013-03-20T15:02:29","guid":{"rendered":"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=469"},"modified":"2014-01-16T19:45:23","modified_gmt":"2014-01-16T18:45:23","slug":"des-huitres-dans-les-murs-la-pierre-de-saint-fortunat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/?p=469","title":{"rendered":"Des hu\u00eetres dans les murs : la pierre de Saint-Fortunat"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">De nombreux b\u00e2timents du centre-ville lyonnais h\u00e9bergent un h\u00f4te quelque peu inattendu. Le passant peut rep\u00e9rer sans peine, dans la pierre des fa\u00e7ades, un mollusque fossile reconnaissable \u00e0 une valve en forme de griffe ou de crochet. Comme la plupart des roches utilis\u00e9es traditionnellement dans la construction, celle-ci a \u00e9t\u00e9 extraite dans des carri\u00e8res qu&rsquo;animaient des ouvriers \u00e0 proximit\u00e9 de l&rsquo;agglom\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more-->Dans ses <em>M\u00e9moires pour servir \u00e0 l&rsquo;histoire naturelle des provinces de Lyonnois, Forez et Beaujolois<\/em>, All\u00e9on Dulac (1765) a ins\u00e9r\u00e9 un m\u00e9moire sur les carri\u00e8res de pierres et de marbres. Selon lui, \u00ab\u00a0Lyon, plac\u00e9 dans la position la plus heureuse, arros\u00e9 par deux grands fleuves, qui y entretient l&rsquo;abondance, et qui y ont fix\u00e9 le commerce, n&rsquo;est pas moins favoris\u00e9 par la nature et l&rsquo;excellente qualit\u00e9 des mat\u00e9riaux propres \u00e0 construire les b\u00e2timents les plus magnifiques, et \u00e0 leur assurer une dur\u00e9e de plusieurs si\u00e8cles. Environn\u00e9 de carri\u00e8res in\u00e9puisables, et d&rsquo;une qualit\u00e9 sup\u00e9rieure, Lyon excitera toujours l&rsquo;envie de la Capitale du Royaume, et des villes de l&rsquo;Europe o\u00f9 l&rsquo;on se piquera de b\u00e2tir avec \u00e9l\u00e9gance et solidit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 94).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au nord-ouest de Lyon, le petit massif du Mont d&rsquo;Or a donn\u00e9 deux pierres, l&rsquo;une jaune\u00a0\u2013 un calcaire \u00e0 entroques, appel\u00e9 aussi pierre jaune de Couzon \u2013, l&rsquo;autre grise. Cette derni\u00e8re \u00ab\u00a0fut la pierre lyonnaise par excellence au cours de nombreux si\u00e8cles\u00a0\u00bb (David, 1976,\u00a0 p. VII). Elle peut tirer sur le noir comme sur la feuille morte, tendant vers le jaun\u00e2tre en surface et vers le gris bleu en profondeur. \u00ab\u00a0La pierre est de couleur diff\u00e9rente ; il y en a de tr\u00e8s noire, vein\u00e9e de blanc, pleine et sans aucun coquillage, tenant beaucoup du marbre ; il y en a une qualit\u00e9 qui est grise tirant sur le blanc, et une autre qui est rouge\u00e2tre\u00a0\u00bb (All\u00e9on Dulac, 1765, p. 116). Dans la culture vernaculaire, elle prend le nom de pierre grise ou pierre coquill\u00e8re de Saint-Fortunat (Thiolli\u00e8re, 1847), du nom d&rsquo;un hameau de Saint-Didier-au-Mont-d&rsquo;Or. Les g\u00e9ologues la datent du Lias inf\u00e9rieur et plus pr\u00e9cis\u00e9ment du Sin\u00e9murien, et la d\u00e9signent comme \u00ab\u00a0calcaire \u00e0 Gryph\u00e9es\u00a0\u00bb. En effet, la pierre est en quelque sorte \u00ab\u00a0habit\u00e9e\u00a0\u00bb ; elle regorge de morceaux de coquilles de Gryph\u00e9es (<em>Gryphaea<\/em>) qui forment une part importante de la mati\u00e8re. Autrefois appel\u00e9es \u00ab\u00a0griffes du diable\u00a0\u00bb (Debard <em>et al.<\/em>, 2012b, p. 24), elles ressemblent beaucoup aux hu\u00eetres : comme ces derni\u00e8res, elles vivaient en bancs qui r\u00e9unissaient de nombreux individus. Lamarck (1819) a d\u00e9crit cette esp\u00e8ce en ces termes :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Coquille libre, in\u00e9quivalve : la valve inf\u00e9rieure grande, concave, termin\u00e9e par un crochet saillant, courb\u00e9 en spirale involute ; la valve sup\u00e9rieure petite, plane et operculaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charni\u00e8re sans dents ; une fossette cardinale, oblongue, arqu\u00e9e. Une seule impression musculaire sur chaque valve.<\/p>\n<p>Animal inconnu\u00a0\u00bb (p. 197).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Dumortier (1867), \u00ab\u00a0c&rsquo;est un v\u00e9ritable conglom\u00e9rat de gryph\u00e9es : ces coquilles n&rsquo;ont subi \u00e9videmment aucun transport et sont encore dans la place o\u00f9 elles ont v\u00e9cu ; ordinairement group\u00e9es et attach\u00e9es les unes aux autres, d&rsquo;une taille d&rsquo;ailleurs assez uniforme, quoiqu&rsquo;il arrive de rencontrer quelquefois des jeunes depuis la grosseur de quelques millim\u00e8tres\u00a0\u00bb (p. 74). Falsan et Locard (1866) comme Dumortier (1867) y voyaient des Gryph\u00e9es arqu\u00e9es (<em>Gryphaea<\/em> <em>arcuata<\/em>). Mais Roman (1926) remarquait que le crochet \u00e9tait d\u00e9vers\u00e9 lat\u00e9ralement : il identifiait donc <em>Gryphaea<\/em> <em>obliqua<\/em>. Dumortier (1867) reconnaissait cependant qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0des plus difficiles de tracer les limites certaines qui s\u00e9parent la <em>Gryphaea<\/em> <em>obliqua <\/em>de la <em>Gryphaea<\/em> <em>arcuata<\/em>\u00a0\u00bb (p. 220-221). Plus r\u00e9cemment, Demarcq (1973) a mentionn\u00e9 <em>Gryphea<\/em> <em>obliqua <\/em>var. <em>arcuata <\/em>\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ces mollusques bivalves<em>&#8230;<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_470\" style=\"width: 633px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Gryph\u00e9es.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-470\" class=\" wp-image-470\" title=\"Gryphaea arcuata, moule du hameau de Saint-Fortunat \u00e0 Saint-Didier-au-Mont-d'Or - a) vu par dessus, b) vu par dessous, et c) vu de c\u00f4t\u00e9 (Dumortier, 1867)\" alt=\"Gryph\u00e9es\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Gryph\u00e9es.png\" width=\"623\" height=\"269\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Gryph\u00e9es.png 623w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Gryph\u00e9es-300x129.png 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Gryph\u00e9es-500x215.png 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 623px) 100vw, 623px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-470\" class=\"wp-caption-text\"><em>Gryphaea arcuata<\/em>, moule du hameau de Saint-Fortunat \u00e0 Saint-Didier-au-Mont-d&rsquo;Or &#8211; 8) vu par dessus, 9) vu par dessous, et 10) vu de c\u00f4t\u00e9 (Dumortier, 1867, planche XII)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les roches sin\u00e9muriennes manquent d\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019agriculture. En g\u00e9n\u00e9ral, soit des \u00e9boulis les masquent soit elles constituent de petits escarpements (Thioli\u00e8re, 1847\u00a0; Falsan et Locard, 1866). En revanche, les carri\u00e8res du Mont d&rsquo;Or ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9es \u00e0 partir de la fin du XVe si\u00e8cle. A Lyon, \u00e0 la Renaissance \u2013 \u00ab\u00a0la p\u00e9riode de la couleur et du m\u00e9lande des couleurs\u00a0\u00bb (Mongereau, 2010, p. 126) \u2013, le recours au calcaire \u00e0 gryph\u00e9es arqu\u00e9es est concomitant avec l\u2019arriv\u00e9e de n\u00e9gociants florentins, g\u00e9nois et lucquois, qui manifestent leur richesse en \u00e9difiant d\u2019\u00e9l\u00e9gantes maisons, \u00e9glises et chapelles. Dans la r\u00e9gion lyonnaise, la pierre a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s utilis\u00e9e du XVIe au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle comme mat\u00e9riaux de construction de grand appareil, marbre noir commun, moellon et pierre \u00e0 chaux. Des ouvriers s&#8217;employaient \u00e0 la taille et au transport de la pierre. Falsan et Locard (1866) ont d\u00e9crit les modalit\u00e9s de l&rsquo;exploitation.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Toutes les carri\u00e8res du sin\u00e9murien du Mont-d&rsquo;Or sont exploit\u00e9es \u00e0 ciel ouvert, par gradins droits, avec le pic, gros marteau \u00e0 deux pointes, et jamais avec la poudre, qui briserait la pierre en \u00e9clats. On commence par d\u00e9couvrir la carri\u00e8re en enlevant les <em>riffes<\/em> ou <em>ruffes<\/em>, sorte de bancs terreux, p\u00e9tris de b\u00e9lemnites formant les premi\u00e8res assises du liasien. La roche est attaqu\u00e9e ensuite dans le sens m\u00eame des lits par deux ou trois gradins. Aux extr\u00e9mit\u00e9s de chaque gradin, des ouvriers, arm\u00e9s de pics, creusent de profondes rigoles perpendiculaires au plan des lits ; puis, \u00e0 l&rsquo;aide de coins en fer enfonc\u00e9s \u00e0 coups de masse dans les joints de stratification, on cherche \u00e0 rompre les deux rainures, et on d\u00e9tache le bloc de dessus son lit avec des leviers ; puis, avec une grue ou des cabestans, on enl\u00e8ve ce fragment et on l&#8217;emm\u00e8ne jusque sur le chantier, o\u00f9 des ouvriers sp\u00e9ciaux sont charg\u00e9s de le mettre en oeuvre\u00a0\u00bb (p. 222-223).<\/p>\n<\/blockquote>\n<div id=\"attachment_495\" style=\"width: 1646px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carriere.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-495\" class=\" wp-image-495\" alt=\"Carriere\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carriere.jpg\" width=\"1636\" height=\"1050\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carriere.jpg 1636w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carriere-300x192.jpg 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carriere-1024x657.jpg 1024w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carriere-467x300.jpg 467w\" sizes=\"auto, (max-width: 1636px) 100vw, 1636px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-495\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;activit\u00e9 des carriers de Saint-Fortunat (Saint-Didier-au-Mont-d&rsquo;Or) d&rsquo;apr\u00e8s une carte postale<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une puissance de quinze \u00e0 vingt m\u00e8tres environ (Roman, 1926), cette masse pr\u00e9sente une texture compacte pour sa majeure partie, mais aussi des variations de faci\u00e8s. Les ouvriers ont donn\u00e9 un nom \u00e0 chacun des bancs en fonction de la qualit\u00e9 de la pierre et de l&#8217;emploi qui en est fait. All\u00e9on Dulac (1765) a list\u00e9 41 bancs. V\u00e9rifi\u00e9s et corrig\u00e9s par V. Thiolli\u00e8re, ils ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s au nombre de 63. Voici les d\u00e9nominations et les \u00e9paisseurs de la s\u00e9rie ainsi compl\u00e9t\u00e9e qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par Drian (1849) et Falsan et Locard (1866) :<\/p>\n<ol>\n<li>Banc des broquilles (ou des broquettes, selon All\u00e9on Dulac)\u00a0\u2013 0, 216 m.<\/li>\n<li>Mise de marne \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Banc dit grosse <em>Riffe<\/em> ou <em>Ruffe<\/em> \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Mise ou lit de marne \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Autre grosse riffe \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Mise de marne \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Autre grosse riffe \u2013 0,189 m.<\/li>\n<li>Mise de marne \u2013 0, 135 m.<\/li>\n<li>Banc sanguin ou seigneux \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Banc cendras ou cendreux \u2013 0,379 m.<\/li>\n<li>Banc Roives \u2013 0,244 m.<\/li>\n<li>Banc Balofu \u2013 0, 271 m.<\/li>\n<li>Gros banc blanc \u2013 0,433 m.<\/li>\n<li>Banc m\u00e9rifoliet ou millefeuillets \u2013 0,379 m.<\/li>\n<li>Banc blanc \u2013 0,433 m.<\/li>\n<li>Pav\u00e9 du banc des marches \u2013 0,108 m.<\/li>\n<li>Gros banc des marches \u2013 0,487 m.<\/li>\n<li>Pav\u00e9 du banc Gu\u00e9pu \u2013 0,108 m.<\/li>\n<li>Banc Gu\u00e9pu \u2013 0,433 m.<\/li>\n<li>Banc Platu \u2013 0,352 m.<\/li>\n<li>Pav\u00e9 du grand banc sup\u00e9rieur \u2013 0,081 m.<\/li>\n<li>Gros banc \u2013 0,330 m.<\/li>\n<li>Banc blanc \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Petit banc platu \u2013 0,162 m.<\/li>\n<li>Gros banc platu \u2013 0,330 m.<\/li>\n<li>Banc bossu \u2013 0,135 m.<\/li>\n<li>Banc foliassu \u2013 0,108 m.<\/li>\n<li>Banc Broile \u2013 0,135 m.<\/li>\n<li>Banc des couches \u2013 0,108 m.<\/li>\n<li>Banc de la terre \u2013 0,135 m.<\/li>\n<li>Banc des portes \u2013 0,433 m.<\/li>\n<li>Banc joli pav\u00e9 \u2013 0,189 m.<\/li>\n<li>Pav\u00e9 du banc platu \u2013 0,135 m.<\/li>\n<li>Banc platu \u2013 0,352 m.<\/li>\n<li>Banc porpu \u2013 0,541 m.<\/li>\n<li>Gros banc bourru \u2013 0,330 m.<\/li>\n<li>Banc des \u00e9viers \u2013 0,135 m.<\/li>\n<li>Banc des quatre mises \u2013 0,352 m.<\/li>\n<li>Banc du savon \u2013 0,080 m.<\/li>\n<li>Banc des cailloux \u2013 0,135 m.<\/li>\n<li>Banc des trois mises \u2013 0,460 m.<\/li>\n<li>Banc du Vas \u2013 0,379 m.<\/li>\n<li>Banc dur \u2013 0,135 m.<\/li>\n<li>Banc Balican \u2013 0,162 m.<\/li>\n<li>Banc des couches \u2013 0,108 m;<\/li>\n<li>Banc des marches \u2013 0,352 m.<\/li>\n<li>Banc Cr\u00e9silian ou Gr\u00e9silieux \u2013 0,595 m.<\/li>\n<li>Banc platu \u2013 0,460 m.<\/li>\n<li>Gros banc des \u00e9viers \u2013 0,330 m.<\/li>\n<li>Banc qui fuse \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Grand banc du Vas \u2013 0,541 m.<\/li>\n<li>Banc des marches \u2013 0,330 m.<\/li>\n<li>Petit banc des marches \u2013 0,189 m.<\/li>\n<li>Banc dur \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Banc (inf\u00e9rieur) des \u00e9viers \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>banc des deux pav\u00e9s \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Banc du Bassif \u2013 0,189 m.<\/li>\n<li>Banc des marches \u2013 0,189 m.<\/li>\n<li>banc Blanchin \u2013 0,189 m.<\/li>\n<li>Banc margeleux \u2013 0,162 m.<\/li>\n<li>Banc joli \u2013 0,162 m.<\/li>\n<li>Banc bouteille \u2013 0,216 m.<\/li>\n<li>Banc baril \u2013 0,271 m.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les douze premiers bancs se placent dans la partie inf\u00e9rieure du Lias moyen, les suivants dans le Lias inf\u00e9rieur. Trop durs, les trois derniers bancs n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9s que fort peu. Certains noms proviennent de la localisation des bancs : le pav\u00e9 d&rsquo;un banc se positionne sur ce dernier. D&rsquo;autres \u00e9voquent la qualit\u00e9 des bancs qui peut s&rsquo;av\u00e9rer m\u00e9diocre, comme le banc foliassu et celui des broquilles. De m\u00eame, le banc Balofu donne une pierre malsaine qui ne peut pas \u00eatre employ\u00e9e \u00e0 des ouvrages d\u00e9licats. Nombre d&rsquo;entre eux d\u00e9coulent de leur aspect \u2013 le banc m\u00e9rifoliet se l\u00e8ve en feuillets, le grain du banc Roives est tr\u00e8s grossier et le banc des quatre mises tient son nom de ses feuillets \u2013 et de leur couleur (banc sanguin, banc cendreux, banc blanc). Surtout le choix des termes proc\u00e8de de l&rsquo;utilisation pr\u00e9f\u00e9rentielle de la pierre : les marches d&rsquo;escalier (n\u00b0 17, 46, 52, 53 et 58), les \u00e9viers (n\u00b0 37, 49 et 55), les portes (n\u00b0 31) et les vas ou pierres tombales (n\u00b0 42 et 51).<\/p>\n<div id=\"attachment_502\" style=\"width: 976px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoB.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-502\" class=\" wp-image-502\" alt=\"photoB\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoB.jpg\" width=\"966\" height=\"975\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoB.jpg 966w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoB-150x150.jpg 150w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoB-297x300.jpg 297w\" sizes=\"auto, (max-width: 966px) 100vw, 966px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-502\" class=\"wp-caption-text\">Escalier de l&rsquo;auberge des Trois Rois, un immeuble restaur\u00e9 en 1883 dans le quartier de la Guilloti\u00e8re \u00e0 Lyon (clich\u00e9 : Y.-F. Le Lay, 2013)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le <em>gros banc<\/em>, le <em>gros banc platu et<\/em> le <em>grand banc du vas<\/em> \u2013 durs, tr\u00e8s sombres et vein\u00e9s de blanc \u2013 les gryph\u00e9es dessinent d&rsquo;\u00e9tranges taches de couleur blanc laiteux sur un fond gris fonc\u00e9 : les sections des fossiles s&rsquo;y d\u00e9tachent, d\u2019une fa\u00e7on bien reconnaissable, \u00ab\u00a0comme de grosses virgules blanches\u00a0\u00bb (David, 1976, p. VII), \u00ab\u00a0en forme de gondoles v\u00e9nitiennes\u00a0\u00bb (Mazenot, 1936, p. 215). Les marbriers de Lyon en ont fait des ouvrages d\u2019\u00e9glise, des pierres tombales, des dalles de trottoir, de chemin\u00e9e ou de corridor, des marches d\u2019escalier, des dessus de table et de console, et diverses pi\u00e8ces d\u2019ameublement des int\u00e9rieurs lyonnais. Falsan et Locard (1866) estimaient \u00e9galement que d&rsquo;habiles architectes pourraient en tirer profit : \u00ab\u00a0Certainement l&rsquo;architecture obtiendrait des effets aussi riches que curieux en disposant cette pierre, d&rsquo;un noir assez fonc\u00e9, au milieu de mat\u00e9riaux teint\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re toute diff\u00e9rente\u00a0\u00bb (p. 219-220). Les auteurs sugg\u00e9raient m\u00eame de polir le fond sombre de ce marbre commun de telle sorte que les ornements clairs et bruts s&rsquo;y distinguent. La pierre de taille se montrait \u00e9galement propice \u00e0 la confection des linteaux de portes et fen\u00eatres ; et les moellons permettaient d&rsquo;utiliser les d\u00e9bris. Provenant de carri\u00e8res proches de Lyon, la pierre \u00e0 gryph\u00e9es\u00a0\u2013 et non seulement ses retailles \u2013 a aussi \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9e \u00e0 bon compte dans les fours pour fabriquer de la chaux ordinaire dans le Beaujolais, dans le massif du Mont d&rsquo;Or, sur les bords de Sa\u00f4ne et dans les faubourgs lyonnais (Drian, 1849 ; Debard <em>et al.<\/em>, 2012a)\u00a0: \u00ab\u00a0La chaux qui r\u00e9sulte de la calcination de ces calcaires est tr\u00e8s estim\u00e9e dans le pays\u00a0; c\u2019est une bonne chaux tr\u00e8s grasse, lorsqu\u2019elle est fabriqu\u00e9e dans des conditions convenables\u00a0\u00bb (Falsan et Locard, 1866, p. 221).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Lyon, ce calcaire peut encore \u00eatre observ\u00e9 sur les flancs des collines de la Croix-Rousse et de Fourvi\u00e8re, dans le quartier Saint-Jean, et dans certaines parties de la presqu\u2019\u00eele et de la Guilloti\u00e8re. Il a contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification de quelques monuments, par exemple les marches de l\u2019H\u00f4tel de Ville et de l\u2019H\u00f4tel-Dieu et le portail de l\u2019\u00e9glise Saint-Nizier ; il se trouve aussi dans la basilique de Fourvi\u00e8re. Dans le Vieux-Lyon, les fa\u00e7ades des maisons (souvent XVIe-XVIIe si\u00e8cles) m\u00ealent utilement et esth\u00e9tiquement le calcaire gris-bleu d&rsquo;\u00e2ge sin\u00e9murien et le calcaire jaune d&rsquo;\u00e2ge aal\u00e9nien : celui-ci pr\u00e9f\u00e9rentiellement en hauteur et celui-l\u00e0 plus bas car plus r\u00e9sistant \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion. Parfois la pierre pr\u00e9sente des \u00ab\u00a0lignes horizontales, plus ou moins ondul\u00e9es, visibles sur les blocs, [qui] r\u00e9sultent de l&rsquo;action des vagues sur le fond marin, lorsque le s\u00e9diment vaseux, \u00e0 l&rsquo;origine du calcaire, n&rsquo;\u00e9tait pas encore indur\u00e9\u00a0\u00bb (Debard, 2012a, p. 24).<\/p>\n<div id=\"attachment_501\" style=\"width: 920px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoA.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-501\" class=\" wp-image-501\" alt=\"photoA\" src=\"http:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoA.jpg\" width=\"910\" height=\"886\" srcset=\"https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoA.jpg 910w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoA-300x292.jpg 300w, https:\/\/perso.ens-lyon.fr\/yves-francois.le-lay\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/photoA-308x300.jpg 308w\" sizes=\"auto, (max-width: 910px) 100vw, 910px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-501\" class=\"wp-caption-text\">Diff\u00e9rents faci\u00e8s de la pierre de Saint-Fortunat, rue du Boeuf, dans le quartier Saint-Jean \u00e0 Lyon (clich\u00e9 : Y.-F. Le Lay, 2013)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Falsan et Locard (1866) mentionnaient une cinquantaine de carri\u00e8res ouvertes dans le Sin\u00e9murien. Sur le site de Saint-Fortunat,\u00a0180 carriers oeuvraient dans trente carri\u00e8res (Debard <em>et al.<\/em>, 2012a), \u00ab\u00a0si anim\u00e9es, si gaies autrefois et o\u00f9 retentissaient le son clair des marteaux et le chants des tailleurs des pierres (Mazenot, 1936, p. 211). Puis vint la d\u00e9ch\u00e9ance des carri\u00e8res de calcaire, d\u00e9laiss\u00e9es et progressivement envahies par la v\u00e9g\u00e9tation. Voici ce qu\u2019en \u00e9crivait Mazenot en 1936.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019importance, la gloire du calcaire \u00e0 Gryph\u00e9es sont maintenant pass\u00e9es. Parmi les nombreux trous b\u00e9ants des anciennes carri\u00e8res, on trouve encore, en divers lieux, quelques chantiers occupant temporairement un petit nombre d\u2019ouvriers faisant de la pierre de taille, des moellons, de la pierre de blocage et aussi des mat\u00e9riaux d\u2019empierrement pour les voies peu importantes. Dans le Mont-d\u2019Or lyonnais, on ne compte gu\u00e8re que deux carri\u00e8res en activit\u00e9\u00a0: l\u2019une \u00e0 Limonest, l\u2019autre \u00e0 Saint-Fortunat (carri\u00e8res S\u00e9riziat)\u00a0; ce sont l\u00e0 les derniers vestiges d\u2019une belle industrie extractive eux-m\u00eames menac\u00e9s de disparition\u00a0\u00bb (p. 216).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le hameau de Saint-Fortunat, les carriers avaient am\u00e9nag\u00e9 un pont \u00e0 piliers monolithiques, d\u00e9coup\u00e9s dans le calcaire \u00e0 gryph\u00e9es. Avec ses six arches, l&rsquo;ouvrage\u00a0\u2013 connu sous l&rsquo;appellation \u00ab\u00a0Les Ponts\u00a0\u00bb\u00a0\u2013 \u00e9tait si spectaculaire qu&rsquo;il ornait les cartes postales. Mais il a \u00e9t\u00e9 remblay\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960. Plus r\u00e9cemment, le constat de David (1976) restait semblable : \u00ab\u00a0Ce fut la pierre de Saint-Fortunat, de Saint-Cyr, de Dardilly, de Bully&#8230; mais les carri\u00e8res sont nombreuses, vastes et&#8230; abandonn\u00e9es\u00a0\u00bb (p. VII). De fait, l&rsquo;utilisation de cette pierre grise a rapidement p\u00e9riclit\u00e9 au profit du choin, du ciment et du b\u00e9ton arm\u00e9, \u00ab\u00a0meilleur march\u00e9 que la pierre \u00e0 r\u00e9sistance \u00e9gale, mais, h\u00e9las ! anonymes, sans origine et ne sentant pas le terroir\u00a0\u00bb (Mazenot, 1936, p. 211).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De nombreux b\u00e2timents du centre-ville lyonnais h\u00e9bergent un h\u00f4te quelque peu inattendu. Le passant peut rep\u00e9rer sans peine, dans la pierre des fa\u00e7ades, un mollusque fossile reconnaissable \u00e0 une valve en forme de griffe ou de crochet. 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